JPMorgan jette une ombre sur les marges des banques

samedi, 15.07.2017

Trois grandes banques américaines ont annoncé vendredi de gros bénéfices trimestriels en dépit d'un déclin du courtage mais la mise en garde de JPMorgan Chase sur ses marges annuelles a jeté une ombre sur l'activité traditionnelle de prêts.

JPMorgan Chase prévoit un ralentissement des crédits dans la seconde partie de l'année. (Keystone)

JPMorgan Chase, Wells Fargo et Citigroup, trois des quatre grandes banques américaines, ont à tour de rôle fait part d'une hausse de leurs profits "principalement tirés par un impact net de la hausse des taux et une croissance des volumes des prêts".

Mais la première a aussitôt douché l'enthousiasme des marchés financiers, en avertissant que les bénéfices tirés des crédits qu'elle accorde n'allaient augmenter que de 4 milliards de dollars cette année, contre une prévision précédente de 4,5 milliards.

Ce changement de cap s'explique, justifie l'établissement, par un ralentissement des crédits dans la seconde partie de l'année. Cette information a immédiatement ravivé les craintes que les banques hésitent de plus en plus à prêter de l'argent aussi bien aux particuliers qu'aux entreprises face aux incertitudes entourant les promesses de réformes faites par le président américain Donald Trump.

Jamie Dimon, le PDG de JPMorgan, s'en est ainsi vivement pris vendredi à l'impasse politique à Washington.

"C'est presque gênant d'être un citoyen américain voyageant à travers le monde et devoir écouter toutes ces +conneries+ auxquelles nous avons à faire dans ce pays. A un moment il va falloir que nous nous reprenions", a-t-il fustigé. "Nous sommes incapables de construire des ponts, des aéroports", a poursuivi le banquier, qui fait partie du forum des grands patrons réuni pour conseiller le président Trump sur sa politique économique.

"L'espoir est toujours là. ça va sans doute prendre beaucoup plus de temps que ce que nous espérions", a pour sa part déclaré John Gerspach, le directeur financier de Citigroup.

Mais pour les experts, comme James Mitchell chez Buckingham, JPMorgan en mettant en garde sur ses marges a envoyé "un signal négatif".

Hausse des taux

A Wall Street, le secteur financier était le seul dans le rouge. JPMorgan perdait 1,39%, Wells Fargo 1,05%, et Citigroup 0,70%. Goldman Sachs lâchait 1,03%, Bank of America 2,13% et Morgan Stanley 1,47%.

Les titres bancaires ont beaucoup progressé depuis l'élection de M. Trump, qui a promis un assouplissement de la déréglementation, une réforme fiscale et la modernisation des infrastructures publiques américaines. A ceci s'étaient ajoutés un passage sans faute des banques aux tests de résistance annuels et une remontée des taux d'intérêts de 1 à 1,25% par la banque centrale (Fed).

Ce début de normalisation de politique monétaire a eu un impact positif sur les résultats du secteur au deuxième trimestre. JPMorgan a enregistré un bond de 13,4% à 7,03 milliards de dollars de son bénéfice net pour un chiffre d'affaires de 26,41 milliards (+4,7%).

La marge bénéficiaire de Wells Fargo est ressortie à 2,90% contre 2,86% il y a un an, signe que la banque a répercuté aux ménages les hausses de taux d'intérêt effectuées par la Fed.

L'établissement, dont le premier actionnaire est le milliardaire Warren Buffett, a enregistré une hausse de son bénéfice net de 4,5% à 5,40 milliards de dollars, chiffre d'affaires est resté stable à 22,17 milliards de dollars.

Chez Citigroup, le bénéfice net de 3,87 milliards de dollars a également été dopé par une hausse des prêts aux ménages.

Le taux de référence - "prime rate" - sur lequel sont indexés les taux d'intérêt appliqués aux crédits à la consommation est par exemple passé de 3,5% à 4,25% en un an. Or la rémunération des dépôts demeure dans le même temps très faible, à 0,08%, ce qui permet aux banques de s'assurer de bonnes marges, estime Barclays.

En attendant la publication mardi et mercredi des résultats des banques d'affaires Goldman Sachs et Morgan Stanley, le deuxième trimestre s'est révélé difficile pour les activités spéculatives.

La faute à une faible volatilité sur les marchés financiers et à la prudence des investisseurs, qui souhaitent voir les promesses de réformes du président Trump se traduire dans les faits avant de se lancer dans des investissements risqués.

Les recettes liées à la spéculation ont diminué de 11,3% chez JPMorgan et de 5% chez Citigroup. (awp)


 



 



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