dimanche 21 décembre 2014 // 10:12

Le besoin légitime de clarifications

lundi, 18.02.2013

François Schaller

On peut reprocher bien des choses à Daniel Vasella, mais certainement pas d’avoir communiqué le montant de son indemnité de non-concurrence à deux semaines du vote populaire sur l’initiative Minder «contre les rémunérations abusives». Si cette annonce était intervenue bien avant, on aurait aussitôt soupçonné le président sur le départ du groupe Novartis d’avoir manoeuvré pour ne pas favoriser Minder.

On pourrait se dire aussi que le groupe bâlois et son président auraient dû éviter de convenir de cette indemnité, qui sera au centre de toutes les analyses politiques si l’initiative l’emporte (comme étant la cause de l’échec du contre-projet). Ou que Vasella aurait pu différer son départ d’un an, ou même de quelques mois. Là encore, la manoeuvre eût été tout de suite dénoncée. Le climat politique fébrile créé par l’initiative Minder ne laisse guère de marge aux opposants. Tout ce qu’ils disent, tout ce qu’ils font est susceptible de se retourner contre eux.

Il est surtout étrange d’imaginer qu’une entité comme Novartis, qui figure parmi les leaders de l’industrie pharmaceutique dans le monde, décide de questions aussi importantes qu’un changement de présidence ou une clause de non-concurrence en fonction du calendrier politique en Suisse. En tant que société basée à Bâle, Novartis est opposée à Minder et engagée indirectement (par la voie des organisations économiques), mais cette affaire n’est tout de même pas vitale pour le groupe (même si economiesuisse a la pénible mission de suggérer le contraire). Les adaptations en matière de compliance seront probablement gérables. Si elles ne le sont pas, Novartis trouvera des solutions. L’une d’elles sera peut-être de déplacer les quartiers généraux à Strasbourg, Londres, ou aux Etats-Unis. C’est vraiment peu probable.

Il faut être clair sur l’enjeu politique élargi de l’initiative Minder: Vasella ou pas Vasella, les citoyens suisses sont capables de discernement, et aptes à assumer leurs décisions. Qu’ils acceptent le texte ou le rejettent, il y a actuellement dans la population - et pour longtemps encore - une demande  considérable de clarification sur le sens des rémunérations des dirigeants de grandes entreprises. Et une grave insuffisance dans les réponses.

Les considérations morales et de méritologie très dominantes (qui peut prétendre «mériter» des salaires aussi élevés?) ne sont pas illégitimes, mais elles doivent être relativisées. En quinze ans, sous la direction de Daniel Vasella, les revenus annuels du groupe Novartis sont passés de 37 milliards à plus de 50 milliards de francs. La marge a progressé dans des proportions bien plus élevées (le bénéfice cumulé dépasse les 100 milliards de francs). Les ressources humaines en Suisse et dans le monde n’ont cessé d’augmenter. On aimerait connaître le niveau total des impôts payés en Suisse et ailleurs pendant cette période, par le groupe, ses salariés (direction comprise), ses actionnaires, ses fournisseurs. En comparaison, les millions de francs versés à Vasella paraîtraient peut-être très raisonnables.

Il n’y a surtout guère de sens à comparer ce genre de hauts revenus avec les moyennes salariales en Suisse, ou avec les salaires les moins élevés de l’industrie pharmaceutique elle-même. Ni avec ceux des directeurs d’entreprises de tailles inférieures.

Les rémunérations des dirigeants de groupes industriels et de services sophistiqués et globalisés comme Novartis sont plutôt à mettre en relation avec celles de grands entrepreneurs plus ou moins mythiques, fort peu controversés quant à eux (comme les stars de l’entertainment), à la Bill Gates, devenu multi-milliardaire. La différence, c’est évidemment que les «simples» présidents exécutifs ou de conseil ne prennent pas les risques des investisseurs et entrepreneurs. C’est peut-être pour cette raison que leur fortune est en général beaucoup, beaucoup moins élevée.

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