samedi 22 novembre 2014 // 17:12

Le destin des raffineries de Petroplus

mercredi, 25.09.2013

Sauvetage à Cressier, Ingolstadt et Anvers. Fermeture de Coryton et suspense à Petit-Couronne. Sorts opposés après un même naufrage.

Il y a bientôt un an, par décision du 10 octobre 2012, le Tribunal cantonal de Zoug prononçait la faillite de Petroplus Holdings avec effet au 1er octobre. Ce n’était guère une surprise. En mars 2012, le juge du concordat avait accordé à Petroplus Tankstorage un sursis concordataire de six mois mais les difficultés financières de Petroplus étaient connues depuis décembre 2011. Premier raffineur privé en Europe, la jeune société a vécu moins de vingt ans. Après avoir réalisé, en novembre 2007, la plus importante introduction sur la bourse de Zurich depuis 2001, Petroplus Holdings était retiré de la cote par le SIX Swiss Exchange le 23 mai 2012.

Les actifs de Petroplus - dont sept raffineries- ont connu des sorts extrêmement divers.

En juin 2012, Varo Energy, une joint-venture entre le groupe Vitol (75%) et AtlasInvest (propriété de Marcel van Poecke, co-fondateur de Petroplus) annonçait le rachat de la raffinerie Petroplus de Cressier et des actifs afférents en lien avec les activités suisses de marketing et de logistique. La transaction englobait également Petroplus Tankstorage, Oléoduc du Jura Neuchâtelois et la Société Française du Pipeline du Jura. Varo avait immédiatement affirmé son intention de redémarrer la raffinerie. Chose faite depuis fin juillet 2012. L’ensemble des sites est aujourd’hui opérationnel pour les activités commerciales, de raffinage et de logistique. Les 270 employés de Petroplus Cressier ont été repris aux mêmes conditions que celles offertes précédemment par le groupe zougois. David Fransen, Managing Director de Vitol à Genève, déclarait dans L’Agefi du 13 décembre 2012: «Cressier se porte bien. Elle a une excellente équipe et c’est, en ce qui nous concerne, un investissement à long terme». Un investissement déjà partiellement réalisé, sans préjuger de celui à venir.

Mise en service par Shell en 1966 et revendue à Petroplus en 2000, la raffinerie de Cressier est l’une des deux raffineries que compte la Suisse. Sa production correspond à environ un quart de la consommation suisse d’hydrocarbures. Elle occupe un espace de 74 hectares, à proximité de Neuchâtel, et est approvisionnée en pétrole brut via le pipeline SPSE qui part du terminal de Fos-sur-Mer, près de Marseille. Grâce à ses installations qui comprennent une unité de distillation atmosphérique, une unité de distillation sous vide et un craquage thermique, elle est en mesure de traiter des bruts légers et en partie des bruts soufrés pour distribution, principalement sur le marché suisse, de produits raffinés légers (essence, diesel, mazout et kérosène). Sa capacité de traitement s’élève à 68.000 barils/jour et son degré de complexité Nelson est de 6,4.

Vitol avait originellement envisagé reprendre également une autre raffinerie du groupe Petroplus, celle d’Ingolstadt en Bavière. C’est finalement un autre groupe genevois, Gunvor qui a racheté Ingolstadt, en mai 2012, après avoir repris, en mars de la même année, le site d’Anvers au groupe zougois en faillite.

Dès août 2012, les opérations reprenaient à Ingolstadt avec la totalité des collaborateurs de la raffinerie. Approvisionnée par le pipeline TAL, un oléoduc transalpin qui la connecte au port de Trieste et dont Gunvor possède 10%, la raffinerie d’Ingolstadt occupe 128 hectares à 80 kilomètres au nord de Munich. Elle avait été commissionnée par Exxon Mobil et 1963 et rachetée par Petroplus en 2007. Elle offre une capacité de 110.000 barils/jour et emploie environ 500 personnes dont 320 fixes. Son degré de complexité Nelson est de 7,3. Ses débouchés se trouvent essentiellement en Allemagne et en Autriche.

Quant à la raffinerie d’Anvers (Independent Belgian Refinery ou IBR)), elle est située sur un terrain de 105 hectares on nord du port d’Anvers. Elle offre une capacité de raffinage de 107.500 barils/jour, une capacité de stockage de plus de 1,2 million de mètres cube et emploie 210 personnes sans compter les contractants additionnels. Commissionnée en 1968, elle avait été rachetée par Petroplus en 2006. Son degré de complexité Nelson est de 4,5.

Gunvor a consenti d’importants investissements sur ces deux raffineries. Interrogé sur leurs résultats, le porte-parole du groupe Gunvor, Seth Pietras confirme qu’elles sont toutes deux rentables.

Autre actif naufragé de Petroplus, la raffinerie de Coryton en Grande-Bretagne a été rachetée en octobre 2012 par une joint-venture formée par Royal Vopak, Greenergy and Shell UK, au terme de 4 mois de négociation. Les nouveaux propriétaires ont alors annoncé leur intention de transformer le site en terminal de distribution sous le nom de Thames Oil Port. Il devrait être opérationnel cette année. La raffinerie qui approvisionnait 20% du carburant de Londres et du Sud-est du pays et avait traité jusqu’à 220.000 barils/jour, a cessé toute livraison en été 2012. Le site avait été successivement propriété de Mobil entre 1950 et 2000 puis de BP et avait été acheté par Petroplus en 2007. Moins chanceux que leurs confrères suisses et allemands, ses 850 employés ont été licenciés et ont du se replacer sur les plateformes de forage de la Mer du Nord et du Moyen-Orient.

L’ancienne raffinerie de Teeside en Grande-Bretagne également, acquise par Petroplus en 2000 et convertie en dépôt pétrolier en 2009, a été rachetée par Greenergy.

En France, les choses se présentent aussi assez mal. La reprise du site de Petit-Couronne, dans l’agglomération de Rouen, a connu d’innombrables rebondissements. Le groupe suisse Klesch, spécialisé dans la reprise d’entreprises en difficulté, avait déposé une offre en mars 2012. Depuis les dossiers se succèdent sans qu’une solution se matérialise. En juillet 2012, deux autres offres étaient déposées. Placée en liquidation judiciaire en octobre 2012 suite au rejet de ces offres, l’activité du site se poursuit en attendant une nouvelle piste. Depuis fin 2012, les négociations se sont succédé avec le groupe panaméen NetOil puis avec Tadbir Energy, une société iranienne, filiale de la fondation Imam Khomeiny, et enfin avec la société libyenne Murzuq Oil.

Dernière en date, la deuxième offre de Murzuq Oil, annoncée mercredi dernier. Cette nouvelle version tiendrait compte des remarques faites par le liquidateur qui avait rejeté une première offre du groupe libyen le 16 avril. Le tribunal de commerce de Rouen avait alors refusé ensemble les offres de Netoil et de Murzuq Oil. Selon le site 76actu, Murzuq Oil regrettait, à l’époque, «la manière expéditive» avec laquelle la décision de rejet de son offre avait été prise. Les lettres de licenciement des quelques 450 salariés du site ont été envoyées, mais l’intersyndicale espère encore une reprise par Murzuq Oil qui affirme apporter «les garanties demandées, tant financières que techniques» dans le dernier dossier envoyé au liquidateur, au comité de pilotage et au ministère du redressement productif. Fin août, le Figaro publiait une déclaration d’Yves Scornet, représentant de l’intersyndicale de la raffinerie. Il disait avoir pris contact avec les entourages du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et des Affaires étrangères, Laurent Fabius, pour mettre fin aux entraves administratives rencontrées par le dossier mais affirmait n’avoir pas reçu de réponse.

En ce qui concerne la raffinerie de Reichstett en Alsace qui avait fermé ses portes en avril 2006, la reprise porte uniquement sur les opérations de dépollution des 650 hectares du site. Il est acquis depuis longtemps qu’aucune activité de raffinage ne reprendra et les quelques dizaines d’emplois encore sur site sont appelés à disparaitre. Deux entreprises étaient en lice pour racheter une partie du site: Rubis (stockage et la distribution d’énergie) et Brownfields (revalorisation de terrains pollués). Aux dernières nouvelles, elles attendent une décision du tribunal de Strasbourg. (NJN)


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