vendredi 25 avril 2014 // 06:59

Le développement robotique à l’EPFL passe aussi par l’Inde

mardi, 29.01.2013

Techfest. Un doctorant vient de présenter son prototype de robot volant lors d’un festival à Bombay.

Début janvier, Adrien Briod était en Inde pour participer au Bombay Techfest. Cet étudiant de doctorat en robotique de l’EPFL est allé présenter, avec son collègue Przemyslaw Kornatowski, leur dernier prototype de robot volant, le AirBurr VII.

En quoi consiste ce que vous avez présente à Bombay?

Nous sommes deux doctorants, Adam Klaptocz et moi-même, ainsi qu’un ingénieur, Przemyslaw Kornatowski, ayant travaillé depuis plus de trois ans sur ce projet de recherche qui est financièrement soutenu par le Fonds national Suisse de la recherche scientifique. Notre objectif est de créer un robot volant qui puisse explorer les endroits trop dangereux ou inaccessibles aux humains. Comme par exemple, un bâtiment écroulé suite à un tremblement de terre, une usine où il y a une fuite de gaz, un bâtiment en feu, etc. Nous souhaitons produire un robot volant qui puisse assister les secouristes.

Comment était le Techfest de Bombay?

Il y avait une foule incroyable. Dans une immense tente, nous étions une trentaine d’exposants de partout. Pour visiter les stands, les gens devaient patienter au moins deux heures au soleil avant de pouvoir entrer. En trois jours, 40.000 visiteurs sont passés dans la tente et devant notre stand. Nous avions à disposition un espace d’environ 30 mètres carrés. Nous présentions le robot en expliquant ses capacités. En l’occurrence, qu’il est robuste face aux collusions; lorsqu’il tombe, il dispose de pattes pour se relever, redécoller et voler. Nous faisions une démonstration; le robot volant était programmé pour explorer cet espace où il y avait trois murs. Il naviguait dans une direction jusqu’à ce qu’il heurte un mur, puis il repartait dans une autre direction. Nous leur expliquions que dans le futur, nous voulons l’envoyer dans des espaces plus grands, avec une camera, par exemple.

Quelles ont été les réactions?

Les gens étaient extrêmement enthousiastes. Déjà, un robot volant, ça attire le regard; ça bouge vite, c’est comme un animal. Notre robot ne ressemble pas à l’idée conventionnelle qu’on se fait d’un robot. Beaucoup de visiteurs étaient même surpris d’apprendre qu’il s’agissait d’un robot volant. Ce n’est pas évident au premier coup d’œil car il est très protégé avec une structure autour qui permet d’absorber l’énergie des collusions et de le protéger. Une autre de ses particularités est qu’il vole seul, sans contrôle externe. En général, les visiteurs étaient surtout impressionnés par ce fait; qu’il agisse sans être télécommandé. Des industriels indiens nous ont interpellés en disant qu’ils pourraient être intéressés par notre robot, pour la surveillance, notamment. L’expérience a été très motivante.

Qu’est-ce qui distingue

votre projet des robots volants déjà existants?

Les robots volants traditionnels sont généralement munis de beaucoup de capteurs - lesquels sont lourds et coûtent cher - qui permettent de détecter et d’éviter les obstacles. Notre approche est différente. Nous nous sommes inspirés de la nature et des insectes qui ne possèdent pas de capteurs extrêmement compliqués et qui fonctionnent plutôt de façon réactive. Par exemple, aux mouches, même si elles sont agiles et savent éviter les obstacles, il arrive parfois d’entrer en collision. Lorsque cela se produit, elles se stabilisent, se relèvent et reprennent leur vol. C’est se qu’on a voulu reproduire avec notre robot; cette capacité à prendre les collusions.

Votre projet vise à être utilisé dans des contextes fermés?

Les robots volants qui existent déjà volent à l’extérieur, dans le ciel où il n’y a pas d’obstacles. En plein air, c’est plus facile de gérer les obstacles, en revanche dans un environnement fermé, c’est plus difficile. Beaucoup d’applications civiles et militaires utilisent le Global Positioning System (GPS), par exemple, pour la surveillance ou la cartographie. Mais à l’intérieur, le GPS ne fonctionne pas. A ma connaissance, il n’existe pas encore de robot d’intérieur autonome sur le marché. Il existe en revanche plusieurs prototypes dans les laboratoires, parce qu’il s’agit d’un sujet de recherche très en vogue.

Votre projet en est-il

à sa phase finale?

A la fin de cette année, nous prévoyons être en mesure d’avoir un prototype de robot volant qui réponde à toutes nos attentes initiales. Nous n’y sommes pas encore. Nous avons encore une nouvelle version de prototype qui n’est pas rendue publique. Mais ce n’est toujours pas la version finale qui sera prête pour la commercialisation. Ce n’est encore qu’un «proof of concept».

Avez-vous déjà des projets de commercialisation?

Une commercialisation éventuelle dépendra de l’écho qu’aura notre prototype final, une fois que nos résultats seront publiés dans des revues scientifiques et qu’une vidéo sera déchargée sur Internet.

interview: andrée-marie dussault

Publications Agefi