lundi 22 décembre 2014 // 07:17

Marché de l’art toujours au sommet

vendredi, 18.01.2013

Christie’s. Les résultats annuels enregistrent un pic sectoriel historique. La direction pointe surtout l’importance de la nouvelle clientèle.

Jussi Pylkkänen, président Christie’s Europe depuis sept ans et basé à Londres, revient sur les résultats annuels (à nouveau) record. Il pointe un certains nombres d’éléments qui laissent à penser que la performance devrait se reproduire une fois encore en 2013, pour la quatrième année consécutive. Malgré un refroidissement visible sur l’art asiatique, une tendance freinée par le manque de pièces disponibles.

Une croissance record sur trois exercices consécutifs. Cela peut-il durer?

Au niveau global, le principal élément de réponse reste la dynamique du marché, qui ne peut être mieux exprimé que par l’afflux de nouvelle clientèle: +20%! Une telle progression annuelle de la communauté d’acheteurs est la claire démonstration de la spirale vertueuse dont profite aujourd’hui le marché de l’art. Sur dix ans, la progression se monte à 53% de nouveaux clients qui se sont orientés vers le monde de l’art. C’est objectif, chiffré: chaque enchérisseur est enregistré. Aussi longtemps qu’il y aura autant de personnes intéressées, les prix resteront à haut niveau. Pour autant que nous fassions bien notre travail et que les estimations restent réalistes.

Je note aussi que chaque salle de vente (ou presque) a enregistré son propre record. C’est le cas de Zurich. Genève a été tout à fait hors norme cette année.

Un point important dans vos résultats est la croissance supérieure des adjudications de moins de 1000 livres (+10% d’acheteurs enregistrés, +20% de chiffre d’affaires). Quelle signification donner à cette performance?

Tremendous! C’est sur ce segment que la nouvelle clientèle fait son entrée, en particulier la catégorie 35-45 ans, en très forte croissance sur les cinq dernières années. Il est indispensable de construire des relations avec ces acheteurs. Ce sont ces collectionneurs qui porteront le marché dans dix ans.

La performance démontre aussi la force de la demande sur l’ensemble des segments. Pour une maison comme Christie’s, cela signifie clairement la nécessité d’une présence tout aussi large. La qualité de l’offre est en jeu.

Est-ce aussi une manière d’expliquer pourquoi vous conservez des spécialités moins rentables?

Nous comptons 17 départements en Europe et nous devons être au sommet du marché dans toutes les catégories. La plupart de nos top collectionneurs présentent un spectre d’intérêt très large et sont actifs dans sept, huit, neuf, dix domaines différents. Nous devons les accompagner sur l’ensemble de leur parcours.

Les 10% de croissance sont composés de données très contrastées (+34% pour l’art après-guerre et contemporain). Quelles sont les moins bonnes performances?

La réalité est plus nuancée. Prenez les antiquités, par exemple, la croissance est peut-être sous la moyenne, mais le département est aujourd’hui 3 ou 4 fois plus important que ce qu’il était il y a quelques années. Il ne faut pas non plus sous-estimer la dimension régionale des performances. Si l’après-guerre et contemporain fonctionne si bien, c’est aussi parce que la demande américaine y est très concentrée. D’ailleurs, la croissance totale en Europe est de 12! La Suisse a fait encore mieux.

Un mot justement sur la Suisse. Comment expliquez-vous en particulier la performance de Genève?

Cette année, la Suisse a acheté autant qu’elle a vendu. Un environnement aussi équilibré est unique! La Russie, par exemple, est nettement un marché d’acheteurs. La Suisse représente une sorte d’excellence en matière de collections, une vraie énergie, toujours dans la tendance. Une sorte de cas d’école qui pourrait illustrer l’importance de préparer les ventes avec une approche de curateur.

C’est-à-dire?

Nous ne pouvons pas nous contenter d’être une machine à vendre. Nous devons investir pour soutenir l’ensemble du monde de l’art, travailler nos catalogues dans cette intelligence. Se focaliser uniquement sur les coûts ne serait pas la bonne dynamique.

La grande surprise, en revanche vient de l’art asiatique, quasiment sans progression cette année. S’agit-il d’un signal d’atterrissage?

Les collectionneurs asiatiques se sont massivement impliqués dans le marché il y a trois ou quatre ans. Aujourd’hui, ces mêmes collectionneurs ont commencé à se diversifier, dans l’art occidental d’après-guerre, dans l’impressionnisme, dans le 19e.

Le second élément de l’explication est la disponibilité de pièces d’art asiatique, qui commencent à se raréfier: nous n’avons plus les volumes que nous avons pu connaître. Nous sommes même un peu en-dessous de ce que nous avions imaginé. Ce léger refroidissement sur les volumes (perceptible sur l’ensemble des maisons de ventes) a un impact direct, mais ne reflète pas la solidité des prix.

Comment se présente 2013?

Nous commencerons l’année avec des ventes importantes, à New-York, à Londres. Plus généralement, la demande reste très ferme, y compris chez nos concurrents, ce qui est le meilleur signe d’un marché sain.

Vers un nouvel exercice record?

J’espère que nous seront «best in class» à la fin de l’année, pour la quatrième fois consécutive. Nous pouvons y parvenir tant que nous profitons d’un tel cumul de signaux positifs: nouvelle clientèle, importance croissance de la culture au sens large dans la société, un marché de l’art toujours plus transparent et plus accessible.

interview:

stéphane gachet

Progression record tous segments

Christie’s termine son exercice annuel sur une croissance record, pour la troisième année consécutive. La maison de ventes indique avoir profité d’une tendance très porteuse, marquée par l’arrivée massive de nouveaux enchérisseurs sur le marché de l’art: 19% du total des enregistrements. Au niveau mondial, la croissance du chiffre d’affaires s’établit à 10%, à 6,27 milliards de dollars. Un montant qui inclut les ventes publiques et privées, ces dernières affichant une progression supérieure à la moyenne, de 26%, à 1 milliard de dollars, soit un record historique, «pour la maison et l’ensemble du marché».

Au total, 686 lots ont été adjugé au-delà du million et 49 ont dépassé 10 millions de dollars. La majorité des transactions concerne le segment d’entrée, sous la barre des 1000 livres. Un segment de prix qui a lui aussi enregistré un résultat record, avec une progression de 10% des nouveaux enchérisseurs et de 20% du chiffre d’affaires. Les ventes en ligne ont attiré 39% des nouveaux acheteurs.

Le département après-guerre et contemporain affiche la plus forte croissance, +34% par rapport à 2011, à 1,6 milliard de dollars. La direction précise que la catégorie a profité d’un attrait sur l’ensemble des segments, avec une augmentation de 14% des enregistrements liés à des œuvres de moins de 100.000 livres. La vente de novembre à New York inscrit un record dans cette catégorie, avec 412,3 millions de dollars.

La clientèle européenne et américaine compte pour 75%. Les ventes d’art asiatique à Hong Kong sont restées en-deçà de 2011. Les enchérisseurs asiatiques représentent toutefois une participation stable de 19% de la clientèle au niveau global, en progression annuelle de 1%.n

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