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jeudi 24 avril 2014 // 14:23

Nécessaire prise de conscience

jeudi, 06.12.2012

INTELLIGENCE ÉCONOMIQUE. Les experts préconisent une attitude plus offensive pour l’économie suisse

Damien grosfort

La Suisse a une position trop passive et devrait mettre en place un processus plus offensif, pour protéger son patrimoine et ses entreprises. Compte-tenu de sa compétitivité reconnue, elle a tout à perdre. L’intelligence économique est devenue un outil puissant, comme le prouvent les récentes affaires, de la démission de Philipp Hildebrand de la BNS au vol de données au Service de Renseignement de la Confédération (SRC). La société Scalaris, spécialisée dans la criminalité économique, a présenté hier à Genève des réflexions pour que le pays adopte une position offensive sur ce terrain, traditionnellement occupé par les Etats-Unis et la France. Les techniques permettant de connaître et d’anticiper l’environnement sont devenues nécessaires, aux entreprises et aux états, pour prendre les bonnes décisions.

A ce jour, les seules initiatives suisses sont d’ordre privé, les démarches institutionnelles dans le domaine étant quasiment inexistantes: le SRC n’a effectivement pas pour mission de faire de l’intelligence économique. Le seul projet en cours, en Suisse romande, concerne un observatoire consacré à ce secteur.

Le français Alain Juillet, ancien directeur du renseignent à la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieur) précise que la frontière avec l’espionnage économique est très floue, navigant entre ce qui relève de la légalité et de l’illégalité. Il prône l’intelligence économique appliquée c’est-à-dire pragmatique: «la priorité n’est pas le résultat financier d’une entreprise, mais sa capacité à être pérenne». Le spécialiste du secteur considère que l’humain est l’un des enjeux majeurs du domaine: «les sociétés devraient plus prêter attention à leurs stagiaires, étudiants et temporaires car ces derniers peuvent s’avérer dangereux, consciemment ou pas». Outre le facteur humain, l’ancien CEO de Suchard conseille aux entreprises de concentrer leur surveillance sur le matériel ainsi que le capital immatériel. Dans le premier cas, il préconise de suivre de près les circuits apparemment simples mais potentiellement dangereux. Il cite en exemple: «une entreprise qui souscrit un contrat auprès d’une assurance va divulguer une grande quantité de données confidentielles, qui pourront facilement se retrouver dans les bureaux étrangers des partenaires ou filiales de l’assureur». Concernant le capital immatériel, qui comprend les brevets, le savoir-faire ou encore la recherche, il insiste sur la nécessite de protéger «la vraie valeur de l’entreprise, qui peut constituer plus de 50% de son patrimoine». La question fondamentale est de savoir comment les protéger. Estimant que 95% des informations sont accessibles sur Internet, sans avoir à commettre le moindre acte illégal, il confirme que la sécurité des sociétés passe par la présence de spécialistes. Ces derniers doivent intervenir dans tous les domaines majeurs de l’intelligence économique: la sécurité sur le web, la criminalité économique ou encore la contrefaçon. Les grands groupes pourront recruter ces techniciens, mais il sera financièrement très difficile de le faire pour les PME. Alain Juillet voit avant tout l’intelligence économique comme une forme de journalisme d’investigation et précise: «commettre des actes illégaux est catastrophique pour une société dont l’image et la crédibilité seront affectées de manière durable». Il ajoute que «la Suisse est, comme la France, en guerre économique contre d’autres pays du monde. Il lui faut adopter un état d’esprit réaliste permettant la remise en cause permanente».

Pour le spécialiste en cybercriminalité Christian Aghroum, la Suisse n’est pas forcément en retard mais elle est caractérisée par une structure différente: «l’intervention de l’Etat se fera en dernier recours, à la différence de la France où il est traditionnellement très impliqué».

Le positionnement de la Suisse en matière d’intelligence économique semble être trop attentiste. Selon lui, la difficulté majeure repose sur la capacité de la Confédération à sensibiliser les entreprises sur la nécessaire optimisation de cet outil, ces dernières ayant tendance à développer leur propre concept. Il confirme que la Suisse a une bonne compréhension du danger potentiel et un haut niveau de conception citoyenne, mais il met en garde les sociétés contre «les risques importés» avec une forte exposition à la concurrence et à la criminalité organisée. Il rappelle que «la Suisse n’est protégée que par son droit, protecteur à l’égard de ses entreprises, mais pas compétitif contre les initiatives externes malveillantes».

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