jeudi 28 août 2014 // 05:04


Vincent Faber de la Fondation Trafigura sur l'action philanthropique

12 novembre 2013: interview de Vincent Faber, Fondation Trafigura, accordé à Nicolette de Joncaire (Agefi) pour Dukascopy TV


La démarche se veut inclusive

L'Agefi, 14.11.2013

 

Trafigura. L'engagement personnel des collaborateurs est au cœur des principes des Fondations Trafigura et Puma Energy.  Nouvelles étapes.

Au terme de cinq années d'existence, la Fondation Trafigura évolue, tout en conservant les principes fondamentaux qui guident son action (L'Agefi du 4 septembre 2012): centrage sur trois piliers - développement durable, éducation et l’intégration et enfin santé -, engagement personnel des collaborateurs, assistance à la gouvernance des ONG et financement sur le long terme. Cette année, naissaient encore de nouveaux comités locaux de volontaires. Tous les grands bureaux dans le monde en ont aujourd’hui un- . Fin juillet, la Fondation Puma Energy devenait une entité distincte de la fondation d'origine. Vincent Faber, directeur des deux fondations, reprend les dernières étapes.

Pourquoi avoir scindé la Fondation Puma Energy de la Fondation Trafigura?

L'un des principes de notre action est l'engagement personnel des collaborateurs de nos sociétés. Puma Energy s'est énormément développé dans les deux dernières années sur un terrain différent de celui de Trafigura. Nous ressentions donc le besoin d'une nouvelle identité et, pour le futur, d'actions diversifiées, plus proches des communautés locales dans lesquelles Puma Energy évolue. L'univers de Puma, ce sont des stations d'essence et des terminaux de carburant, en Afrique, en Amérique Latine, ou en Australie.. Les employés de Puma Energy vivent au sein même de communautés qui ont besoin de soutien et en font partie. Ils ne peuvent s'identifier de la même manière que les employés de Trafigura. Sans oublier que les employés de Puma sont beaucoup plus nombreux que ceux de Trafigura, près du double. Mais l'esprit général restera le même que celui de la Fondation Trafigura, axé sur les mêmes piliers.

De ces trois champs d'action, quel est celui qui correspondra le mieux à la Fondation Puma Energy?

L'éducation et la santé.

Le centre de formation de Puma Energy fait-il partie de ses projets?

Non. En aucun cas. Le centre de formation de Puma Energy est en grande partie conçu pour former les employés. Ce n'est donc pas un projet philanthropique au sens strict. L'objectif de la philanthropie est de soutenir les autres, sans avantage direct pour soi-même. La distinction doit être absolue.

D'autres sociétés développent le concept de création de valeur partagée ou Shared Value.

Certes, mais la création de valeur partagée n'est pas de la philanthropie. C'est une forme de conduite des affaires qui cherche à valoriser les intérêts d'autrui dans le but avoué d'améliorer les résultats de l'entreprise qui la mène. Il n'est pas du rôle d'une fondation philanthropique de s'occuper de valeur partagée, et la responsabilité sociale et environnementale (CSR) d’une entreprise ne saurait être réduite à sa seule action. Ces deux aspects concernent la gestion de l'entreprise elle-même.

Quelles sont les évolutions récentes à l'intérieur de la Fondation Trafigura?

Nos comités locaux de volontaires, formés de collaborateurs bénévoles,  se lancent maintenant de plus en plus dans des processus formalisés d'identification d’un « Partenaire de l'année ». Au sein d'une dizaine ou d'une vingtaine d'actions proposées par les employés, chaque comité sélectionne celle qui répond à ses critères – et à ceux de la fondation car toute action doit appartenir à l'un de nos trois piliers pour éviter la dispersion.  La fondation verse alors au partenaire sélectionné un montant donné, qui dépend des besoins du partenaire, pouvant atteindre jusqu’à 150.000 francs. Mais l'engagement ne s'arrête pas là. Les employés doivent, de leur côté, lever des fonds et soutenir la cause par des actions directes tout au long de l’année. Nous tenons à défendre une philanthropie activiste qui ne se limite pas à signer des chèques. En Grande-Bretagne, le partenaire choisi cette année était Refuge, une association engagée dans la lutte contre la violence envers les femmes. Une cause peu soutenue par les multinationales.

Mais le principe de ces comités et de leurs dons annuels ne va-t-il pas à l'encontre de votre philosophie d'engagement à long terme vis-à-vis des partenaires et des projets?

Les comités peuvent choisir de renouveler l'élection de la même cause d'une année sur l'autre. Par ailleurs, leurs choix ne font pas partie de l'engagement cœur, décidé par le Conseil de fondation, mais s'y additionnent. Ce n'est qu'une petite partie de notre œuvre. L'essentiel de notre travail porte sur des engagements entre 3 et 6 ans.

Pouvez-vous nous donner des exemples?

Nous suivons le projet d'Eau & Vie pour la construction de réseaux d’eau propre dans des bidonvilles urbains depuis maintenant 4 ans. Ce modèle d’entreprise sociale, créé aux Philippines a été étendu au Bengladesh et nous envisageons de le déployer  encore ailleurs, en Afrique.. Nous continuons aussi à soutenir le Trafigura Work & Learn Centre aux Etats-Unis. Après Stamford où nous l’avons mis en place avec Domus, un nouveau centre de la Nouvelle-Orléans est maintenant entré en fonction avec un autre partenaire local pour former les jeunes exclus. Avec une nouvelle particularité. Les ateliers traditionnellement réservés aux hommes – comme la réparation de bicyclettes – sont maintenant ouverts aux femmes parce que nous nous sommes aperçus que les rapports hommes/femmes dans les milieux défavorisés étaient fondés sur une séparation des rôles qui engendraient mépris et violence envers les femmes. En leur ouvrant la même formation qu'aux hommes nous voulons aussi combattre les préjugés.

Et les nouveaux projets?

 En Angola, nous soutenons  Apopo, une entreprise sociale de déminage par des rats spécialement entraînés (l'initiative est née au Cambodge puis a été portée par Apopo au Mozambique). Elle est beaucoup moins coûteuse que les techniques de déminage traditionnelles, puisque la détection des mines se fait grâce au flair extraordinaire de ces animaux, et ce sans risques pour eux puisqu’ils sont trop légers pour déclencher une explosion. Par cette action, nous visons à libérer des terres cultivables, contribuant ainsi au développement rural. Avec Planète Urgence, la fondation finance la replantation des mangroves d'Indonésie, détruites par une aquaculture intensive. L'idée n'est bien sûr pas d'arrêter celle-ci, indispensable à la subsistance locale, mais d'utiliser des méthodes qui ne compromettent pas les arbres et même en tirent parti pour l'alimentation des poissons et crevettes.

CV

Vincent Faber

Directeur de la Fondation Trafigura, Vincent Faber est un ingénieur géophysicien diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’électricité et de mécanique de Nancy puis de l’Ecole nationale supérieure du pétrole et des moteurs. Il a commencé sa carrière au sein d’Elf-Aquitaine, puis comme consultant en management au sein d’un cabinet parisien, Euréquip. Au début des années 90, à l’occasion d’une année sabbatique, Vincent Faber a donné une nouvelle orientation à sa vie professionnelle se consacrant durant plus de 20 ans, à l'action humanitaire au sein d’ONG (Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, International Social Service, International Aids Society), tant sur le terrain qu'au sein des structures centrales. Grâce à son expérience duale du monde de l’entreprise et de celui des ONG, Vincent Faber est convaincu que l'union de leurs forces peut créer des synergies fortes dans les initiatives humanitaires et philanthropiques, maximisant leur impact pour leurs bénéficiaires.

Company Key facts

Fondation Trafigura

Créée en 2007, la Fondation Trafigura centre son action sur trois pilliers; la santé, le développement durable et l'éducation et l'intégration. Elle encourage l'engagement de ses employés dans l'action caritative et soutien les entreprises sociales sur le long terme. A fin2012, elle avait dédié 27 millions de dollars (environ 33 million à aujourd'hui) à 44 programmes conduits par 32 ONG partenaires différentes, dans 31 pays.

APOPO - Déminage par les rats

Work & Learn Centre Nouvelle-Orléans


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