L’Italie et la question de l’euro

jeudi, 14.06.2018

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller, économiste responsable pour les Suisse romande, CIO GWM UBS.

La constitution chaotique du gouvernement en Italie a rappelé aux investisseurs qu’il en faut peu pour faire ressurgir les craintes quant à la stabilité de la zone euro.

Même si des réformes ont été entreprises dans certains pays, les montagnes de dettes n’ont pas diminué d’un pouce dans pratiquement tous les Etats déjà en difficulté en 2011 et en 2012.

Cette année encore, alors que la conjoncture est au beau fixe, la plupart affichent un déficit budgétaire de 2 à 3%, voire plus. Normalement, dans un tel contexte économique, un pays devrait afficher un excédent budgétaire, pour pouvoir ensuite supporter un déficit lors du retour de la récession.

Il n’est donc pas surprenant que les marchés financiers redoutent une possible sortie de l’Italie de la zone euro. Toutefois, cette éventualité paraît hautement improbable. Le coût d’une telle sortie serait considérable pour l’Italie et toute l’Europe en serait affectée.

Si le gouvernement italien annonçait son intention de quitter la zone euro et de réintroduire la lire comme monnaie, tous les avoirs bancaires libellés en euros en Italie, de même que les paiements futurs de rentes, seraient alors convertis en lires.

Or tout le monde en Italie aurait compris que la nouvelle lire serait une monnaie faible, vouée à se déprécier fortement par rapport à l’euro. De fait, dès l’annonce d’une sortie, tous les Italiens, soit vireraient immédiatement leurs avoirs sur un compte en euros dans une autre banque de la zone, soit retireraient des euros physiques pour les stocker sous forme d’espèces. Une telle ruée vers les banques ferait s’effondrer le système bancaire italien en quelques jours.

L’Etat italien se retrouverait par ailleurs en situation d’insolvabilité, de même que de nombreuses entreprises très endettées en euros. En effet, les recettes de l’Etat et de beaucoup d’entreprises seraient alors réalisées en lires, tandis que leurs dettes resteraient pour l’essentiel en euros, monnaie beaucoup plus forte.

Au cours des cent dernières années, chaque dissolution d’une union monétaire a entraîné un effondrement du système bancaire. En janvier 1993, quand la République tchèque et la Slovaquie ont annoncé la fin de leur union monétaire, elle n’a survécu que quelques jours, car tout l’argent a immédiatement quitté la Slovaquie pour la République tchèque. Pour sortir d’une union monétaire, il faudrait l’annoncer de manière inopinée, fermer immédiatement toutes les banques et mettre en place de stricts contrôles du trafic des capitaux.

Ces quelques réflexions montrent qu’une sortie de l’Italie serait si désastreuse qu’elle n’est tout simplement pas envisageable.

En 2012 déjà, de nombreux observateurs avaient sous-estimé la volonté politique et la détermination de la Banque centrale européenne (BCE) à «faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro», comme l’avait promis son président Mario Draghi.

S’il faut trouver un aspect positif aux récentes frayeurs sur les marchés financiers, c’est peut-être celui-ci: le dernier coup de semonce a fait comprendre aux politiques que la zone euro a un besoin urgent de réformes structurelles pour être en mesure de surmonter une prochaine récession.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, CIO GWM UBS






 
 

AGEFI


 

 




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