L’entrepreneur est soumis à une avalanche d’emails

jeudi, 14.06.2018

Céline Renaud*

Céline Renaud, CEO et fondatrice JMC Lutherie.

Il est jeudi, 23 heures, je rentre épuisée d’une conférence donnée à Genève. Je me pose mon sac à main sur mon canapé et je regarde automatiquement mes emails sur mon téléphone portable. Le statut: 85 emails non lus depuis 13 heures quand je suis partie.

À ce rythme-là, j’ai l’impression de partir tous les jours en vacances avec l’avalanche d’emails entrant quotidiennement juste après quelques heures d’absences des écrans. Je n’ai pas la possibilité de m’assoir quotidiennement dernière mon ordinateur mais je grappille quelques moments de-ci, de-là, dans la nuit après, ou avant mes journées. Heureusement que je peux parer aux urgences depuis mon téléphone portable et que je peux compter sur un team très efficace.

Avec la digitalisation, la manière de travailler a beaucoup évolué. On s’attend à des réponses tout de suite, un email ne pouvant pas attendre une heure ...

Et on nous contact maintenant aussi par SMS, WhatsApp ou Messenger, où il faut répondre de suite et en plus on peut voir quand on a lu. Les seuls moments de pause sont dans l’avion. A la descente, c’est un nouveau flot d’emails qui nous attend. Mais je suis heureuse car j’ai moi aussi envoyé une salve d’emails d’un coup rédigés dans l’avion. Bien que le wifi est maintenant aussi présent dans les avions.

Dans tous les cas, j’ai régulièrement plus de 300 emails à traiter dans ma boîte de réception. Et quel soulagement si j’arrive à descendre en-dessous des cinquante ... puis je repars en route et voilà que cette boîte explose à nouveau. Alors là, à mon retour, épuisée, la question se pose. Est-ce que je me mets à y répondre maintenant car demain, je n’aurai pas le temps et que j’hypothèque encore un peu plus mes heures de sommeil ou est-ce que je vais me coucher pour être plus en forme demain alors que je dois partir encore tôt? Ou je me lève encore plus tôt pour y répondre? Je suis du style à ne pas aimer me coucher si le travail n’est pas fait et j’aime la nuit pour travailler, créer ou réfléchir. Je décide de m’atteler à la tâche immédiatement et le sentiment de satisfaction d’avoir avancé compensera peut-être le manque de sommeil.

Il existe beaucoup de théories pour mieux gérer ce pan de la vie d’entrepreneur. Par exemple, gérer les emails en vitesse et en vrac; changer le tri et l’ordre d’apparition de décroissant à croissant, trié par émetteur ou par titre; bloquer une heure pour traiter les emails et ensuite ne plus y toucher pendant plusieurs heures; ajouter des règles; les gérer de manière régulière dans la journée pour arriver à gérer la quantité dans des moments choisis sans se laisser distraire ou couper à chaque instant.

La réalité est bien là. Nous subissons tous ce déferlement de messages et nous y participons. Cela nous a apporté beaucoup d’améliorations mais c’est un véritable poids sur nos épaules.

J’ai découvert récemment une lettre dans la maison de mon enfance, une vielle maison du Jura qui abritait un sous-traitant horloger. Dans cette lettre datant du début du siècle dernier, il était question d’un retard de livraison de plusieurs mois et la réponse à cette lettre était également espacée de plusieurs mois. J’hallucine de voir cet écart de rythme. Je ressens du calme inspirant en pensant à cette lettre et à cette époque ... j’inspire un grand coup et j’attaque avec une grande énergie cette montagne d’emails. Et je n’arrêterai pas tant que n’aurai pas atteint un nombre situé en-dessous de cinquante!

* CEO et Fondatrice JMC Lutherie






 
 

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