Les quatre cercles de l’économie

mardi, 12.06.2018

René Longet*

On parle souvent de l’économie comme d’un bloc uniforme. En réalité, on peut distinguer quatre cercles concentriques aux logiques et aux finalités fort différentes.

Le premier cercle, le plus au cœur du concret, est constitué d’entreprises travaillant en harmonie et en responsabilité avec leur environnement. Elles ont à cœur de produire des biens et des services correspondant à une utilité objective et ne souhaitent alimenter ni l’obsolescence artificielle ni de faux besoins. 

On reconnaît là les artisans du quotidien, autant dans leur réponse aux nécessités de la vie que dans leur attachement à la qualité et à la beauté du geste. Cette sorte d’entreprises se caractérise par son état d’esprit, peu importe la taille. 

On y travaille dur, au service du vrai, du juste et du fonctionnel et le succès financier n’est jamais garanti.

Les entreprises globalisées et la finance

Le second cercle ajoute au premier tous ceux qui, avec un souci moindre d’éthique et de qualité, fournissent néanmoins des biens et services concrets. Des objets qu’on peut tenir dans la main, des prestations effectivement fournies, des fonctionnalités assurées. 

Mais cette économie du réel est largement tributaire de deux autres catégories: le monde des entreprises globalisées et celui de la finance.

Bien sûr, tout ce qui est grand n’est pas par définition mauvais et «small» n’est de loin pas toujours «beautiful». 

Mais difficile d’être compétitif sur des marchés dominés par des compagnies transnationales aux budgets dépassant ceux de nombreux Etats, aux techniques raffinées d’optimisation fiscale et salariale et à la communication parfaitement lisse et interchangeable.

La maximisation des résultats

Les individus qui s’y emploient ne sont pas en cause, mais l’échelle fait que le facteur humain y disparaît derrière une logique dimensionnelle devenue fin en soi. Grandir toujours, grandir encore semble être l’unique but, comme si la quantité était une valeur à elle seule.Enfin le quatrième cercle est la sphère de la financiarisation, dédiée à surmultiplier les rendements – sur le dos de l’économie productive et au profit de quelques-uns.

 Alors que de nombreuses bonnes idées peinent à trouver un financement, des montants gigantesques sont exclusivement dévolus à la maximisation des résultats. 

Plus rien à voir avec la fonction première de la banque, qui est de récolter l’épargne pour la conduire vers l’investissement utile. 

Sachant toutefois que dans le secteur financier l’on retrouve à leur tour les quatre cercles, depuis le micro-crédit, le crowdfunding, la mutuelle de crédit jusqu’aux fonds vautours des îles Caïman! Oui, l’économie marche sur la tête et il est temps de la remettre d’aplomb.

*Expert en développement durable 






 
 

AGEFI


 

 




...