Et si les millenials étaient des salariés comme les autres?

lundi, 25.06.2018

Christophe Clavé, président EGMA

Je poursuis la réflexion amorcée dans mon article «la question générationnelle, choc des cultures ou faux débat», paru dans l’Agefi du 14 mars dernier.

Deloitte a publié une étude riche et intéressante sur la question des nouvelles générations.

Près de 8000 millenials (nés après 1980) dans le monde entier ont été interviewés. Que nous disent-ils d’eux-mêmes et de leur façon de voir le monde?

1. Les entreprises vecteurs de changements positifs

L’enquête de Deloitte souligne sans ambiguïté la corrélation étroite entre les capacités des entreprises à donner un sens à l’engagement de leurs salariés, et le degré de loyauté que leurs collaborateurs millénials sont prêts à leur accorder. Pouvoir contribuer à de «bonnes causes» telles la protection de l’environnement, ou la lutte contre les inégalités sociales et ses effets, semble plébiscité par les jeunes générations. D’une façon générale la loyauté à l’entreprise s’exprime d’autant plus que cette dernière est engagée dans des projets et actions d’ordre social.

Cette aspiration semble bien en ligne avec les préconisations du rapport Sénard – Notat préconisant de ne plus faire de la seule création de valeur pour l’actionnaire le but social affiché des entreprises (lire mon article dans l’Agefi du 14 mai 2018).

2. Avoir un impact

Il est intéressant de constater le grand réalisme dont font preuve les millenials interrogés, notamment sur la question de leur propre contribution individuelle. Ils affirment pouvoir être plus impactants lorsqu’ils ont la possibilité d’agir dans leur environnement proche, plutôt que sur les grands enjeux de société. Les utopies globalisantes post-soixante-huitardes semblent avoir vécues. Dans l’entreprise, ils se disent capables et volontaires pour agir auprès de leurs pairs, des clients et des fournisseurs.

Une organisation à taille humaine, ou découpée en unités à taille humaine, est décrite comme l’environnement idéal pour produire un impact. Pour agir concrètement small is beautifull, l’autonomie et la responsabilité sont plébiscités. Les millenials croient aux petites causes qui créent de grands effets. Comme un caillou lancé dans l’eau génère de nombreuses ondes après sa disparition (ripple effect), ou le battement de l’aile du papillon, les millenials recherchent la capacité à agir localement, même modestement, mais en produisant des effets. C’est cela qui se cache derrière la revendication de «pouvoir avoir un impact».

3. Changer progressivement

Si les millenials semblent plus tolérants que leurs ainés sur les modes d’expression très directs, ils se disent plus enclin à accompagner les changements progressifs plutôt qu’à engendrer des révolutions. Ils affirment peu d’appétence à suivre un leader qui diviserait et adopterait des positions controversées. Ils se disent quasi-unanimement réticents à vivre dans un environnement managérial autoritaire ou procédurier. Il ressort de l’enquête qu’un environnement de travail flexible, mais apportant tout de même un minimum de sécurité, est le plus à même de générer leur loyauté et une contribution significative.

4. Rechercher la stabilité

On s’attendait à les voir plébisciter les nouvelles formes de travail, autonomes, indépendantes, réinventant les nouvelles formes de salariat. Les deux tiers des millenials interrogés affirment préférer un emploi à temps plein plutôt que de travailler en free-lance ou comme consultant. La sécurité du travail et un revenu fixe sont des éléments qu’ils recherchent et qui leur feront choisir un job plutôt qu’un autre.    

Sont t'ils donc si différents des générations qui les ont précédés?






 
 

AGEFI



 

...