Protégeons nos données grâce à la cybersécurité!

mardi, 19.06.2018

Nicolas Jacob*

Nicolas Jacob, Head of ESG Research Oddo BHF Asset Management.

La numérisation de l’économie bouleverse depuis une vingtaine d’années les habitudes de travail, de consommation ainsi que les relations entre individus et organisations. Les entreprises ont dû s’adapter aux exigences de rapidité, de mobilité, de connectivité ou même encore de virtualisation imposées par ce nouvel environnement. L’économie numérique contribue désormais pour plus de 30% à la croissance du PIB des pays développés et la donnée est devenue un actif stratégique à valoriser mais aussi à défendre.

Avec environ 3.9 milliards d’utilisateurs d’internet dans le monde et 8.4 milliards d’objets connectés, la cybersécurité est devenue en quelques années un enjeu majeur pour les dirigeants d’entreprises. Le coût de la cybercriminalité pour l’économie mondiale pourrait atteindre 8000 milliards de dollars d’ici 2022, soit près de la moitié du PIB de l’Union Européenne.

Les désormais célèbres cyberattaques intervenues en 2017 (Wannacry et NotPetya) ont montré que les impacts ne se limitaient plus à la gestion du vol ou de la perte de données. Elles s’étendent désormais progressivement aux atteintes à la réputation d’une entreprise, aux coûts associés à une perte d’exploitation ou bien encore à une perturbation d’infrastructures critiques.

D’après une étude du cabinet Deloitte publiée en janvier 2018, 75% des entreprises interrogées affirment avoir adopté de nouvelles mesures de sécurité après ces deux attaques. La cybercriminalité engendre donc des coûts internes de plus en plus importants pour les entreprises (investissements IT et humains essentiellement) mais aussi des coûts externes difficilement mesurables (vol de données, pertes de revenus, interruption d’activité, risque de réputation). Les cibles des cybercriminels sont multiples, de la propriété intellectuelle aux données financières, mais la majorité des attaques se concentre sur les données personnelles. En effet avec le développement des technologies mobiles et des objets connectés elles sont devenues les cibles privilégiées des cyber-attaquants.

Quant à l’affaire Facebook/Cambridge Analytica, rendue publique en mars 2018, elle interroge sur les fondements et la pérennité d’un modèle d’affaires reposant exclusivement sur la collecte, le stockage et la valorisation des données personnelles. L’affaire a mis au jour le fait qu’une utilisation des données des utilisateurs à leur insu peut entraîner une perte de confiance et générer des impacts négatifs durables sur la réputation de l’entreprise. Si les ruptures technologiques apportent toujours de puissants relais de croissance, elles créent aussi bien souvent de nouveaux risques ignorés dans un premier temps par la réglementation. C’est dans ce contexte que le Parlement européen a voté en avril 2016 un projet de règlement visant à revoir et à renforcer les mécanismes de protection des données. Ce règlement (RGPD) est applicable immédiatement, à la différence d’une directive qui doit être transposée en droit national.

La digitalisation de l’économie apporte indéniablement de nouvelles opportunités de développement dans de nombreux secteurs d’activité, mais aussi de nouveaux risques dont les contours et les conséquences sont incertains et en perpétuelle évolution. La montée des cyberrisques, devenue donc inexorable, rend l’analyse de cette composante indispensable dans le travail d’analyse financière et extra-financière d’une entreprise ainsi que dans les modèles d’analyse ESG.

*Head of ESG Research ODDO BHF Asset Management






 
 

AGEFI



 

...