Jack Ma, fondateur d’Alibaba: une voix venue de Chine

mardi, 19.06.2018

Christophe Clavé*

Christophe Clavé, président EGMA.

Jack Ma, le fondateur d’Alibaba s’exprime en public et sur les réseaux sociaux. 

Sa voix est intéressante à entendre. Capitalisé à près de 500 milliards de dollars à la bourse de New-York, Alibaba est en Chine avec près de 500 millions d’utilisateurs à la fois Amazon (une plateforme de mise en relation en ligne BtoC et BtoB), Facebook et Google. Son fondateur n’hésite pas à livrer sa vision du monde et de la société. Une telle voix venue de Chine est rare et précieuse. Elle nous aide à comprendre où va le monde.

Un visionnaire doublé d’un acteur de premier plan. J’avais rencontré Jack Ma, à Haikou sur l’île de Hainan en Chine, ce devait être en avril 2014, lors du Boao Forum, le Davos de l’Asie. J’avais déjà été marqué par sa simplicité. Il répète qu’il a été rejeté par toutes les universités et emplois auxquels il était candidat. Il s’exprime dans un anglais simple et percutant. 

Il donne l’impression d’une intelligence claire. Et son message concernait la nécessaire prise en compte du développement durable et les changements de paradigmes du développement chinois. 

Je me souviens d’une table ronde en particulier, dont le message était «au cours des 30 dernières années la Chine a apporté au monde 1 milliards de bras, en devenant l’usine du monde. Dans les 30 prochaines années, la Chine apportera au monde 1 milliards de consommateurs.» Et l’Alibaba de Jack Ma positionnait Alibaba comme un acteur central de cette révolution aux conséquences planétaires.

L’humain en concurrence avec «les machines». Dans une conférence donnée lors du dernier forum de Davos, entre autres sujets Jack Ma a parlé éducation et intelligence artificielle. Son message est d’une grande acuité: un des défis essentiels qui se posent aujourd’hui est l’éducation. Selon lui le contenu des enseignements a assez peu évolué au cours de ces 200 dernières années. Il demeure centré sur les connaissances. Selon Jack Ma c’est une impasse, car cela met nos enfants en concurrence avec «les machines» (comprenez l’intelligence artificielle et les robots), et que cette mise en concurrence est perdue d’avance. Les machines gagnent à tous les coups.

Selon lui, nous ne nous préoccupons pas assez de nous connaître nous-mêmes. Le danger est que les machines grâce au big data nous connaîtrons bientôt mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes. Ne regardez pas vers les autres, focalisés sur leurs défauts. Regardez à l’intérieur de vous-mêmes, focalisés sur vos talents.

Développer ce qui fait l’unicité de l’humain. Selon lui, l’enseignement devrait se concentrer sur ce qui confère à l’humanité son unicité, et que «les machines» ne pourront pas égaler. Et de nommer la pensée indépendante, l’esprit critique, l’attention aux autres, la capacité à travailler en équipe. Il mentionne également les arts (la musique, la peinture, le sport...) comme source d’innovations. Il préconise d’enseigner ces aptitudes de l’esprit plutôt que l’accumulation de connaissance.

Conserver son esprit critique. Il est évident qu’un entrepreneur chinois ne peut qu’entretenir de bonnes relations avec le pouvoir chinois. Ainsi lorsque Jack Ma a acheté le South China Morning Post, journal plutôt indépendant, cela a été interprété comme une manière de contrôler un organe de presse un peu trop libre. Et son parcours ne pourrait pas être ce qu’il est s’il s’opposait au régime. Les voix qui nous parviennent de Chine sont assez rares pour être entendues, a fortiori lorsqu’elles sont celles d’un grand entrepreneur. Et les propos de Jack Ma sur l’entreprise, le développement de l’IA et la transmission des savoirs nous interpellent.

*Président EGMA 






 
 

AGEFI



 

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