Fiévreux, les marchés se contredisent...

lundi, 10.02.2020

Wall Street oublie prématurément le coronavirus, le marché obligataire est quant à lui plus circonspect.

François Christen*

Comprenne qui pourra les changements d’humeur qui se manifestent brutalement sur les marchés financiers. Partant d’un régime «risk off» provoqué par l’émergence d’un risque sanitaire impondérable, une vague d’optimisme a conduit les actions américaines vers de nouveaux sommets alors que l’épidémie de coronavirus s’étend et confirme sa létalité. La réouverture de la bourse chinoise sous perfusion monétaire et le reflux présumé du taux d’infection au coronavirus ont probablement contribué à soulager les investisseurs occidentaux qui avaient adopté une posture très défensive quand la bourse chinoise était fermée. L’apaisement observé la semaine passée ne coulait toutefois pas de source et on peut craindre un revirement du sentiment au gré de l’évolution de l’épidémie.

Soumis à des tensions éphémères, le rendement du T-Note à dix ans a ensuite reflué à 1.57 %. La stabilité des emprunts du Trésor reflète une vision plus prudente que celle, insouciante, qui s’exprime à Wall Street. Les obligations ont échappé à l’influence d’une actualité conjoncturelle qui met en lumière une forte progression de l’embauche en janvier (225.000 postes créés, après 147.000 en décembre) et un renforcement sensible des activités non manufacturières (indice ISM en hausse à 55.5 en janvier contre 54.9 en décembre).

La croissance vigoureuse de l’emploi aux Etats-Unis, le redressement marginal du taux de chômage à 3.6 % dû à une augmentation de la main d’œuvre et la progression modérée du salaire horaire moyen (3.1 % annuel en janvier, contre 3.0 % en décembre) devraient conforter la Réserve Fédérale dans sa posture attentiste. Les indicateurs récents renforcent le diagnostic «Goldilocks» – ni trop chaud, ni trop froid – qui sous-tend l’optimisme des investisseurs. Cela étant, ces statistiques réjouissantes n’intègrent que très partiellement les effets de l’épidémie du coronavirus qui devraient plomber la croissance mondiale au premier trimestre.

Dans une perspective optimiste postulant la maîtrise rapide de l’épidémie (à l’instar des crises sanitaires précédentes), la croissance mondiale devrait rebondir dès le deuxième trimestre, mais il semble hasardeux de placer un pari «risk on» alors que les actifs risqués ont si peu fléchi après cinq mois d’exubérance alimentée par la bienveillance de la Fed et l’apaisement des tensions commerciales entre les USA et la Chine. Une posture attentiste, légèrement défensive, semble plus indiquée dans les circonstances actuelles.

Il est possible que l’acquittement de Donald Trump et le fiasco de la première «primaire» démocrate, en Iowa, aient plu à Wall Street. A tort ou à raison, la réélection de Donald Trump est jugée préférable à un retour des Démocrates, susceptibles de remettre en question les baisses d’impôt généreuses accordées aux entreprises et, par extension, à leurs actionnaires.

En Europe, les taux d’intérêt en euros sont relativement stables, en phase avec le marché des capitaux en dollars US. Le rendement du «Bund» à dix ans est presque inchangé  à -0.41 %. Bien perçus depuis le revers électoral de la Ligue de Matteo Salvini, les emprunts italiens présentent des rendements en baisse dans un contexte de regain d’appétit pour les actifs risqués. Alors que les PMIs définitifs pour le mois de janvier ont bénéficié d’une légère révision à la hausse (52.5 du côté des services; 47.9 du côté manufacturier), de nombreuses statistiques mettent en lumière la faiblesse de l’activité industrielle en décembre (-3.5 % mensuel, -6.8 % en glissement annuel en Allemagne, respectivement -2.8 % et -3 % en France, -2.7 et -4.3 % en Italie), peut-être accentuées par le «timing» des jours fériés.

Au Royaume-Uni, les PMIs affichent un rebond marqué dans tous les secteurs (50 après 47.5 manufacturier, 48.4 après 44.4 construction, 53.9 après 50 services), même si les liens commerciaux entre l’UE et le Royaume-Uni doivent encore faire l’objet de négociations. Ce rétablissement justifie a posteriori le choix de la Banque d’Angleterre de ne pas réduire son taux d’intérêt de base malgré la faiblesse actuelle de la croissance et de l’inflation. Stationnaire, le rendement du «Gilt» à dix ans s’établi à 0.55 %.

Le marché des capitaux en francs suisses s’est conformé à la tendance générale: les emprunts de la Confédération sont à peu près stables alors que les investisseurs retrouvent un appétit précaire pour les actions. Une correction de grande ampleur des obligations en francs est improbable dans un contexte morose, entaché par des risques sanitaires sérieux.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève






 
 

AGEFI




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