Vers un nouveau système monétaire

jeudi, 13.08.2020

Enée Bussac*

Enée Bussac

L’histoire de la monnaie a franchi un grand pas cette année avec le lancement du yuan numérique en pleine pandémie de Covid 19. Les bases des monnaies numériques ont été posées en 2009 par Bitcoin. Les cryptomonnaies ont permis la naissance de monnaies numériques centralisées, dont les créateurs, organisations publiques ou privées et banques centrales, reprennent les idées les plus pertinentes tout en laissant soigneusement de côté la décentralisation, qui est en principe un de leurs signes distinctifs.

On peut distinguer trois types de monnaies numériques centralisées: celles émises par des banques centrales (les MNBC), celles émises par des organisations privées (monnaies numériques privées, à bien distinguer des cryptomonnaies) et celles émises par des administrations publiques (monnaies numériques publiques, à bien distinguer des MNBC).

Les monnaies numériques ont trois caractéristiques fondamentales:

- elles permettent d’effectuer des micropaiements très rapidement et à des couts très faibles: cette capacité est fondamentale pour permettre le développement de l’internet des objets ou de la «machine economy», un système économique dans lequel les machines sont pourvues d’une «identité» sur un réseau qui peut être une blockchain et d’un wallet leur permettant de s’échanger informations, prestations et valeur par le biais de monnaies numériques.

- elles peuvent être programmées: cette capacité ouvre tout un univers de fonctionnalités et de nouveaux business models, tels des remboursements automatiques, des restrictions d’utilisation de certaines monnaies ou des créations automatiques de nouvelles unités monétaires, si bien que votre argent pourra faire des petits sans que vous ayez besoin de le confier à une banque.

- et elles peuvent être dédiées à un usage: un exemple simple, on pourrait imaginer que l’administration fiscale suisse crée une monnaie appelée «CHTVA» et que celle-ci ne serve qu’à une seule chose: percevoir la TVA en temps réel sur le territoire suisse lorsqu’un paiement a lieu. Chacun saura dans quel but la monnaie «CHTVA» a été utilisée, ce qui sera particulièrement utile pour la comptabilité et les déclarations fiscales.

La frontière entre transaction et communication va ainsi s’estomper significativement via les monnaies numériques, car la monnaie va acquérir une quatrième fonction: elle devient un vecteur d’informations. Je suis d’avis que les systèmes monétaires de demain seront constitués d’une multitude de monnaies numériques dédiées, que les monnaies nationales telles que le franc suisse garderont leur valeur de référence et que les particuliers ne seront pas impactés par cette complexité car elle sera gérée par les prestataires de paiement. 

Cela les rendra hyper précis et efficaces, ouvrira la voie à un nombre élevé de nouveaux business models et les transformera en de gigantesques pourvoyeurs d’informations. Facebook se prépare d’ailleurs avec Libra à puiser allègrement dans ce data du futur que seront les monnaies en fournissant aux organisations publiques et privées une plateforme de création de monnaies numériques personnalisées arrimées à des monnaies nationales, et aux particuliers un wallet nommé Novi qui saura tout des monnaies que vous utilisez et donc de vos habitudes de consommation les plus intimes. 

*Auteur de «Bitcoin, ether & Cie»






 
 

AGEFI



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