Vers le bouleversement climatique les yeux ouverts

dimanche, 09.12.2018

Jacques Neirynck

Les historiens du futur rapporteront en s’ébahissant qu’en 2018 le peuple suisse s’est occupé des cornes de ses vaches au point de les sacraliser dans sa Constitution, mais n’a pas discuté d’une menace planétaire: le réchauffement climatique.

Et cependant l’été avait été torride, les champs s’étaient desséchés, les glaciers avaient fondu et des tornades avaient commencé à ravager des lieux qui n’en avaient jamais connues.

Depuis toujours, le climat de la planète fut tout sauf stable. Il y eut des périodes de glaciation dont la dernière de –110 000 à – 10 000 a modelé notre paysage lémanique envahi par des glaciers de mille mètres d’épaisseur.

Des variations très significatives

Ces variations climatiques sont très significatives pour l’espèce humaine. Les Homo Sapiens, que nous sommes tous, ont survécu à ces variations, grâce à leur technique, tandis que les autres espèces d’hommes ont été éliminées.

La donnée actuelle est simple: les effets ravageurs matérialisés en 2018 sont le résultat d’une hausse de 1 degré centigrade. Nous n’échapperons pas à un doublement de cette hausse, mais elle pourrait atteindre 5 degrés, ce qui transformerait l’Europe en désert desséché. On peut imaginer sans peine ce qui se passera si des terres cultivables cessent de l’être: cela entrainera des vagues déferlantes de migration dont l’actualité donne un avant-goût.

Les cycles naturels de glaciation et de réchauffement sont gouvernés par des variations périodiques de l’orbite terrestre.

Si l’on superpose à ce phénomène naturel un parasite d’origine humaine, on peut complètement détraquer la régulation du climat. On pense maintenant qu’il y eut une époque lointaine où Vénus avait un climat acceptable alors qu’il est actuellement de 460 degrés. Nous devons prendre garde à ne pas rendre la Terre inhabitable.

La révolution totale

Comment? Par une révolution totale du système technique, par la remise à zéro de l’émission de gaz à effet de serre, à commencer par le CO2. Concrètement pour la Suisse cela signifierait et cela signifiera la fin de consommation des produits pétroliers. Seulement des voitures électriques et des chauffages par pompe à chaleur. D’où la nécessité d’augmenter massivement la production d’électricité à partir de ressources renouvelables.

Et au niveau politique

Peut-on concevoir ce que cela signifie au niveau politique? Les vains efforts d’information et de persuasion du souverain populaire; la disruption de nombreuses activités économiques; les pertes d’emplois; le discrédit des institutions qui n’ont pas anticipé ce chaos; la montée des mouvements populistes et leur conquête du pouvoir. Quel qu’effort que fera peut-être la Suisse, bien trop tard, cela ne concerne qu’un millième de la production des gaz. Comment les gros producteurs que sont les Etats-Unis et la Chine viendront-ils à résipiscence?

* Professeur honoraire EPFL






 
 

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