Un ETF de faible volatilité demeure assez risqué

dimanche, 02.06.2019

Une stratégie low vol diffère nettement d’une approche minimum variance. L’objectif est de ne sélectionner que les titres présentant les dispersions des rendements les moins élevées.

Levi-Sergio Mutemba

Les ETF de faible volatilité semblent dans l’ensemble avoir tenu leurs promesses. Du moins, durant le mois de mai, fortement chahuté, qui s’est soldé par une perte de près de 5% pour les grands indices boursiers. L’offre d’ETF permettant de limiter les pertes en période de stress se multiplient néanmoins. Et, bien qu’ils paraissent viser le même objectif – réduire la volatilité du portefeuille – la réalité est plus nuancée.

Deux approches de construction d’un ETF de faible volatilité existent et elles sont en effet fort différentes. La première est la stratégie factorielle dite low vol, consistant à capturer le facteur «faible volatilité». L’objectif est de ne sélectionner que les titres présentant les dispersions des rendements les moins élevées. Cette approche repose sur l’observation empirique que les actions les moins volatiles – donc les moins risquées – enregistrent, paradoxalement, des rendements qui sont supérieurs à ceux du marché sur le long terme.

La seconde approche, qui est appelée minimum variance (MV), consiste non pas à exclure les titres les plus volatiles, mais à en modifier la pondération ou le poids individuels, aussi à partir d’un indice parent capi-pondéré (MSCI Monde, S&P 500, Euro Stoxx 600, etc.). Mais pas seulement. En effet, au cœur de cette approche se trouve l’outil d’analyse statistique qu’est la matrice de covariance, qui permet d’évaluer dans quelle mesure plusieurs actions varient ensemble dans le temps par rapport à leurs moyennes.

En plus de l’identification de titres peu volatils, cette approche intègre le jeu des corrélations entre ces derniers, afin de mitiger le risque de concentration. Ainsi, un indice smart beta MV peut très bien inclure des actions dont l’écart-type historique est très élevé mais, pour autant, décorrélé d’un grand nombre du reste des actions.

«Low Vol» bat le marché, «MV» réduit le risque

Ainsi, le low-vol, en exploitant l’anomalie des actions peu risquées, visent à battre le marché, tandis que le MV vise à réduire le risque global du portefeuille et maintenir autant que se peut des rendements absolus positifs. L’exemple typique d’un fonds low-vol est le SPDR S&P 500 Low Volatility UCITS ETF, conçu de façon à ne sélectionner que les 100 actions les moins volatiles de l’indice parent S&P 500. La volatilité y est mesurée par l’écart-type des rendements quotidiens des titres composant l’indice au cours des 252 derniers jours de trading.

Il n’a cédé que 1,5% en mai et enregistre un rendement de 14,95% depuis le début de l’année contre 10% pour l’indice parent. Comme évoqué précédemment, le risque principal que fait courir ce type d’ETF est le risque (implicite) de concentration résultant de l’importante réduction du nombre de titre dans le panier. Ainsi, dans la catégorie des fonds MV, on peut citer les ETF minimum variance de Lyxor (Société Générale), dont le nombre de titres n’est pas très éloigné de celui des indices parents, voire peuvent même le dépasser.

Les ETF MV de Lyxor détiennent entre deux et quatre fois plus de titres que les stratégies classiques de faible volatilité, jusqu’à 400 en plus pour les stratégies MV appliquées au marché américain. Le risque est ainsi réparti sur deux fois plus de titres que d’autres stratégies similaires. Ainsi, à la différence des ETF low-vol, les ETF MV visent principalement à réduire le risque global du portefeuille.

Par exemple, le Lyxor FTSE All World Minimum Variance ETF (MVAW) est moins exposé aux secteurs traditionnellement plus volatils que sont les banques, les technologies ou le pétrole. Mais la conservation de la majeure partie de l’indice d’origine permet de maintenir le fonds relativement bien exposé au marché que choisit l’investisseur. De fait, les gérants tentent, quand il est possible, de retenir au minimum 60% des titres de l’indice parent contre 20% environ pour les fonds low vol.

Lancé en juin 2016, cet ETF enregistre une performance de plus de 25% contre 23,77% pour le fonds plain vanilla Vanguard FTSE All World UCITS ETF (VWRD), tous deux négociés en dollars. Sa perte sur le mois écoulé est de 2,66% contre une perte de plus de 4,7% pour le fonds VWRD. L’important est que la volatilité de l’ETF minimum variance est réduite de 25 à 30% en moyenne, d’après Lyxor.






 
 

AGEFI



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