Une semaine mouvementée pour les Bons du Trésor américain

dimanche, 15.03.2020

Catherine Reichlin *

Catherine Reichlin

Alors que la plupart des observateurs tombaient malades sur les montagnes russes des marchés actions, les experts des bons du Trésor américain (UST) n’étaient pas épargnés. Un sentiment de déjà-vu qui rappelle que les corrélations entre les classes d’actifs convergent pendant les crises.

Après une décennie de stimulus monétaires et d’injections de liquidités, les investisseurs ont été poussés à prendre toujours plus de risques pour une rentabilité qui se réduisait. Toujours plus loin sur les courbes de rendements obligataires, toujours plus bas sur les courbes de crédit. Une fuite vers l’avant qui a connu sa première grosse semaine de stress. Les pieds d’argile du colossal marché des UST ont montré leurs limites. Outre le risque lié au rallongement mécanique des durations, cette semaine a mis en lumière les problématiques de... liquidité du plus grand marché du monde!

Victime de distorsions, il n’a pas pleinement pu jouer son rôle défensif. Au stress déjà généré par la propagation du Coronavirus et de son impact sur l’économie, la semaine a débuté avec l’effondrement des cours du pétrole de plus de 30%. Hausse aigue de l’aversion au risque, craintes conjoncturelles et chute des attentes sur l’inflation, il n’en fallait pas plus pour que le marché des UST ouvre sur des niveaux historiques.

Le rendement de l’échéance à 10 ans s’affichait à 0.48% et celui du 30 ans à 1.03% lundi matin, contre respectivement 0.75% et 1.30% vendredi soir. Rapidement, les rendements ont continué à chuter, jusqu’à 0.69% en cours de séance pour le 30 ans entraînant toute la courbe américaine sous les 1% pour la première fois de son histoire. L’ébullition a généré une vague de stress telle que plusieurs banques d’investissement majeures en ont appelé au Trésor pour qu’il ré-ouvre des programmes de rachats de dollars, comme en 2002.

Le but de ces programmes? Ramener de la liquidité, stabiliser les conditions de marché et ramener de l’ordre sur le «market making». A titre d’exemple, l’écart entre les prix d’achat et de vente des dollars à 30 ans atteignait chez certains plus de 5% alors que dans des conditions «normales» il est inférieur à 0.30%! En moyenne, l’écart a atteint 1% jeudi. Autre signe de stress, ce même écart sur les emprunts plus anciens s’amplifiait plus fortement pour atteindre en moyenne 1.60%. Le stress a été temporairement calmé par la décision de la Fed de New York d’injecter 500 milliards de dollars pour les opérations de refinancement à 3 mois jeudi, et de reconduire l’opération vendredi en y ajoutant 500 milliards à 1 mois. Tout comme ils avaient été déçus par les discours et mesures jugés trop légers ou temporaires de M. Trump et de Mme Lagarde, les marchés sont rapidement revenus en mode stress et volatilité réclamant des mesures pérennes.

Après avoir laissé les banques centrales gérer les crises, il semblerait que celle-ci soit telle qu’elle pousse les gouvernements à sortir du bois avec les outils de relance fiscale réclamés depuis bien longtemps. Le message semble par ailleurs avoir déjà été entendu en Europe puisque l’Allemagne envisagerait de débloquer un stimulus de 550 milliards d'euros.

* Responsable Recherche financière chez Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



...