Une seconde vie pour les arbres

lundi, 23.07.2018

Céline Renaud*

Céline Renaud

Il est vendredi matin, 11 heures, sur les hauts de Lausanne, je suis sur scène pour une «Dégustation de son» à un groupe d’entrepreneurs, politiciens et personnalités qui réfléchissent et travaillent ensemble à la durabilité et à notre avenir. Et tombe une question qui revient souvent avec un soupçon dramatique: «Mais vous tuez des arbres!»

Je comprends qu’après mes explications sur le soin que nous mettons à les choisir et à les cueillir qu’on ait une réticence à les couper. Mais quand on sait qu’il va résonner et vibrer longuement pour le grand bonheur de tant de gens... et vivre encore. Ce matériau reste vivant. C’est une autre étape de sa vie. C’est tout un éco-système. Le martelage en Suisse donne plus de lumière en forêt. On enlève un arbre pour mieux faire grandir les autres. Surtout qu’ils sont murs quand nous les prélevons. Ce qui est dramatique, c’est d’arriver cinq ans trop tard.

Un autre business modèle

Cela nous est arrivé une fois, avec un arbre magnifique, grand, fort, léger et surtout tout droit. Le garde-forestier nous avait avertis qu’il était un peu pourri en bas et nous avions le grand privilège d’avoir le choix de le prendre ou pas. Une fois couché, nous avons pu que constater que la pourriture avait gagné en hauteur et il n’est plus possible de l’utiliser pour la lutherie. Quel dommage, lui si parfait!


Un grand chef Surui a dit un jour: «Les arbres savent pour ce à quoi ils sont destinés et il est important de les employer à bon escient.» Chaque arbre a une utilité et il est là pour cela. Forcément, on pense alors aux coupes rases en Amazonie et ailleurs dans le monde. Et c’est bien cela qui est terrible. En Suède, comme dans beaucoup de pay, c’est bien un autre business modèle. Il s’agit de monocultures sur 30 ou 80 ans et puis on coupe tout sur une parcelle. C’est assez surprenant pour moi qui ai la chance de venir d’une région où jamais on ne pourra pénétrer avec ce genre de machines déjà au vu du sol irrégulier.
Nos forestiers appliquent des lois strictes de protection et d’exploitation des forêts qui grandissent chaque année. Ils ont un immense respect du patrimoine qu’ils ont entre les mains qu’ils vont gérer sur plusieurs décennies. Ils savent que leurs actes auront des conséquences sur beaucoup de générations. Ce sont des humains respectueux avec une énorme sensibilité.

Une sélection

Chez JMC Lutherie, nous sommes fiers d’en avoir fait notre métier. Nous parlons de prélèvement car avec ses plus de cent critères de sélection, il s’agit d’un arbre sur dix mille qui est bon pour la lutherie-guitare. Il est prélevé en fonction de la lune et de la saison. Un soin tout particulier est pris lors de la cueillette et ensuite en scierie car il est coupé sur quartiers et non en planche. On utilise toutes les parties de l’arbre pour sa meilleure utilisation. Pour notre production annuelle exportée dans 40 pays, c’est un à trois arbres uniquement qui sont utilisés. D’avoir pu motiver des investisseurs autour de ce projet qui lie la nature et l’art nous touche beaucoup. Et de donner une seconde vie à ce matériau vivant... pour célébrer la vie!

* CEO et fondatrice, JMC Lutherie






 
 

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