La patience est notre meilleur atout

mercredi, 26.09.2018

Une récession semble inévitable. Opter pour un portefeuille plus défensif est souvent la solution, mais dans le contexte actuel, le faire trop tôt est risqué.

Léon Cornelissen*

Même si l’économie mondiale n’est plus dans la configuration idéale du début d’année, elle se porte toujours relativement bien. Et si l’on a peut-être passé le pic d’expansion dans certaines économies majeures, la croissance mondiale devrait rester solide, sans toutefois être exceptionnelle.

La hausse enregistrée aux États-Unis est la deuxième plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale, et elle se poursuit. La seule phase d’expansion plus longue a eu lieu après la récession relativement modérée, et quasi oubliée, de 1990-1991. Et toujours aucune récession en vue. Cela est peut-être dû en partie au caractère progressif de l’embellie  et à la normalisation très progressive de la politique monétaire. La transition de la Fed vers une politique plus neutre n’est pas suffisamment forte pour stopper l’expansion actuelle. Les mesures de relance budgétaire vont également se poursuivre.

La Chine, facteur crucial

Un autre facteur crucial est le comportement de l’économie chinoise. Ces dernières années, la croissance du pays a été alimentée par des niveaux de dette insoutenables. Les décideurs chinois en sont conscients mais ne sont pas prêts à prendre des mesures qui pourraient ralentir significativement la croissance de leur économie. Cependant, en partie grâce à sa Banque centrale bien gérée et au contrôle ferme de sa balance des capitaux, le pays sera capable de conserver une croissance relativement dynamique sans déclencher de crise financière, malgré une dette qui continuera de grimper.

La zone euro poursuivra sa croissance, stimulée par la relance budgétaire aux États-Unis et l’expansion continue en Chine. Un choc frontal entre les principaux États membres sur les engagements de la zone euro sera évité. Dans ce contexte, la prévision la plus réaliste, telle que présentée par le FMI dans ses dernières perspectives annuelles, est que l’économie mondiale continuera de croître à un rythme modéré. Les économies émergentes continueront de surperformer les pays développés dans l’ensemble, mais des facteurs structurels, en particulier démographiques, finiront par faire ralentir la croissance dans ces derniers. Rien de nouveau sous le soleil, donc.

Récession aux États-Unis

Pour les investisseurs, cela pourrait bien s’avérer trop beau pour être vrai. Mais bien sûr, une institution comme le FMI ne prédira jamais de récession, même si la durée de l’embellie actuelle commence lentement à perdre en crédibilité. A un horizon cinq ans, nous devrions connaître une récession aux États-Unis. Il est difficile de prédire quand cela se produira mais cela pourrait être après les élections présidentielles de novembre 2020. À l’approche des élections, les autorités américaines laisseront probablement l’économie croître au-delà de son potentiel, en mettant en place un mix politique procyclique qui finira par devenir insoutenable, en raison de l’augmentation des pressions inflationnistes et des niveaux de dette publique.

Tensions commerciales sous contrôle

Les tensions commerciales devraient rester sous contrôle car une escalade serait contre-productive, et l’auto-sabotage n’est généralement pas considéré comme une stratégie politique viable. Il est clair que le contexte d’investissement pourrait considérablement changer et que les conditions actuelles sont déjà relativement difficiles: spreads comprimés, survalorisation généralisée dans les principales classes d’actifs et faible volatilité. Pour les investisseurs à long terme, il est logique de commencer à anticiper ces évolutions, mais ils ne doivent pas oublier que la patience est un atout dans le monde de l’investissement aussi. Il est difficile pour les investisseurs d’échapper au discours de fin de cycle et probablement pas surprenant que nos prévisions de rendements moyens pour les principales classes d’actifs soient inférieures aux moyennes à long terme cette année.

*Chef économiste, Robeco






 
 

AGEFI



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