Une récession plus profonde que prévu en Suisse

mardi, 28.04.2020

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Face aux lourdes conséquences du confinement, les prévisions économiques pour la Suisse ont, une nouvelle fois, été revues à la baisse. Pour l’année en cours, un recul de 4,6% du produit intérieur brut est attendu.

A présent, la politique économique doit s’attacher à jeter les fondements d’une reprise rapide. Si elle y parvient, une partie du préjudice subi pourra être compensée. Sinon l’économie risque de lourdes séquelles.

Si la Suisse s’est rapidement remise de la crise financière de 2009, la crise immobilière du début des années 1990 a marqué l’amorce d’une décennie perdue pour l’économie nationale. La réponse apportée par les politiques économiques sera un paramètre essentiel de l’évaluation future de la récession qui frappe actuellement. 

En étendant l’indemnisation du chômage partiel et les crédits-relais accordés à des milliers de PME par l’intermédiaire des banques, la Confédération a sorti des instruments efficaces et posé les jalons d’une reprise économique au second semestre.

Mais le plus difficile reste à faire. D’un côté, lever trop rapidement les mesures prises pour endiguer le virus risque d’entraîner une deuxième vague de l’épidémie. D’un autre côté, si l’on attend trop longtemps, beaucoup d’entreprises pourraient ne pas survivre à la crise malgré les crédits-relais. 

Or, dans un Etat où le dialogue entre entreprises, société et politique fait partie de l’ADN, ce périlleux exercice d’équilibriste peut réussir. Si un pays peut surmonter cette crise, c’est bien la Suisse. On peut donc s’attendre à ce que la reprise économique s’enclenche au second semestre et à ce qu’elle engendre une croissance du PIB de 3,9% en 2021.

Dans une perspective à plus long terme, la crise du coronavirus ne fera sans doute pas émerger de nouvelles tendances, mais renforcera plutôt les évolutions observées jusqu’à présent. Elle pourrait être un catalyseur du changement structurel. 

Les secteurs qui ont été porteurs ces dernières années, à savoir l’industrie pharmaceutique, le secteur des soins de santé et les technologies de l’information, ne souffrent guère de la crise. En revanche, la récession coûte très cher aux «secteurs à problèmes» déjà connus: le tourisme, la restauration et le commerce de détail. 

L’avenir de la politique monétaire

Par ailleurs, la rapidité et l’ampleur de la riposte sur le plan budgétaire a relégué la politique monétaire au second plan. Aujourd’hui, la Banque nationale suisse (BNS) aide les banques commerciales à octroyer des crédits-relais grâce à diverses mesures. Et abaisser encore ses taux d’intérêt ne serait guère utile dans le contexte de taux déjà négatifs. Au cours des prochains trimestres, la BNS devrait maintenir son taux directeur stable à -0,75%.

A plus long terme, les perspectives pour la BNS seront probablement incertaines. Sa politique monétaire dominera-t-elle encore la politique économique suisse par le biais du cours de change? Selon une étude de la Recherche d’UBS, les entreprises actives dans le commerce extérieur ont, dans une certaine mesure, trouvé des moyens de composer avec un franc fort, par exemple grâce à des couvertures «naturelles» des risques de change. Pour la BNS, la lutte contre le franc fort restera donc une priorité importante au cours de la prochaine décennie - mais probablement pas aussi importante que ces dix dernières années.

Il reste néanmoins une ombre au tableau. L’étude réalisée auprès des entreprises révèle également que la conjoncture des pays étrangers est un facteur auquel elles attribuent plus d’importance qu’au taux de change. Si la BNS a de quoi riposter contre une appréciation du franc, elle est impuissante face à un effondrement de l’économie mondiale. Or, c’est justement ce qui se produit en ce moment.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

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