De nouvelles têtes pour sortir, enfin, des sentiers battus?

mardi, 29.10.2019

Une nouvelle génération de décideurs, visionnaires et iconoclastes est nécessaire pour relever les nouveaux défis.

Philippe Schindler*

Très critiqués en leur temps, certains grands leaders / décisionnaires de la génération passée ont pourtant évité que l’on ne tombe dans une crise déflationniste corrosive. En effet, Bernanke, Draghi et Lagarde ont su interpréter le fameux «consensus de Washington» jusque dans ses limites ultimes. Ce consensus, apparu au début des années 90, façonne 10 recommandations de politique économique et une approche standard pour le FMI, les banques mondiales et le Trésor américain afin de faire face aux crises des pays en développement. Il englobe la stabilisation macro-économique, le commerce et les investissements mondiaux, etc. Il est devenu la doctrine mondiale dominante et promeut essentiellement les idées orthodoxes et néolibérales. 

Deux profils qui se détachent

Aujourd’hui, cette école de pensée montre ses limites: désinflation enracinée, taux d’intérêt directeurs et de marchés négatifs, inégalité croissante, etc. Une nouvelle génération de décideurs, visionnaires et iconoclastes, est désormais nécessaire pour relever ces nouveaux défis. Deux profils nous semblent intéressants à cet égard.

La Bulgare Kristalina Georgieva, qui succède à C. Lagarde à la tête du FMI, est la première citoyenne d’un pays en développement à diriger cette organisation. Titulaire d’un doctorat en économie de l’Institut Karl Marx à Sofia, elle a rédigé une thèse sur «La politique de protection de l’environnement et la croissance aux Etats-Unis». Elle a débuté son mandat par une participation remarquée à un panel d’experts sur le thème ¨Les banques centrales peuvent-elles lutter contre le changement climatique? Mme Georgieva a profité de suggérer de développer une taxonomie pour le «vert» et a encouragé les banques centrales à utiliser des approches plus interventionnistes pour faciliter l’investissement dans les industries «vertes»...

Le gouverneur Mark Carney, lui, est plus connu. Notamment comme président de la banque centrale britannique. Mais surtout comme penseur libre et turbulent. Il a récemment a) critiqué la dangereuse prédominance de l’USD, b) plaidé pour une nouvelle monnaie – mondiale – numérique (de type crypto) c) lancé le Network for Greening the Financial System (NGFS). Aujourd’hui, 46 banques centrales et régulateurs (dont la FINMA) ont a rejoint ce réseau d’autorités de surveillance et de banques centrales internationales qui s’engage pour une prise en compte des risques climatiques et environnementaux dans le secteur financier. On y trouve notamment les banques centrales du Royaume-Uni, du Canada, du Mexique, de Finlande, France, Chine, de l’Australie, l’Allemagne, la Suisse et aussi la BCE. Ainsi que la CSSF luxembourgeoise, la BRI et le FMI. 

L’un de ses objectifs est d’intégrer les effets du changement climatique dans les prévisions économiques. Les régulateurs veulent comprendre l’impact sur le secteur privé (comme par exemple sur les assurances et les hypothèques dans les zones côtières). Ce groupe publie aussi des directives concernant les portefeuilles des banques centrales, intégrant des critères ISR et ESG. Pour le moment, ces recommandations ne sont pas contraignantes. Mais une enquête parmi les membres du NGFS montre que 25 des 27 répondants ont déjà adopté les principes d’ISR dans leur approche d’investissement ou envisagent de le faire.

Un présage?

Jusqu’à présent, le NGFS est discret dans les médias. La Fed ne compte pas encore parmi ses membres... Mais le régulateur financier de l’État de New York vient de le rejoindre en septembre. Est-ce le présage d’une présence prochaine de la Fed?

La répression financière a repoussé les limites des politiques économiques au cours des dix dernières années. On arrive à un point d’inflexion. Quelques iconoclastes favorisent un changement de paradigme au sein de certaines organisations supranationales. Il faudra une nouvelle génération d’autres hommes et beaucoup plus d’énergie, dans les exécutifs de certains de nos grands pays, pour sortir du marasme économique qui nous guette et vaincre les forces protectionnistes/populistes. L’urgence est particulièrement aigue au Royaume-Uni, en Allemagne, et à Hong Kong.

*CIO, Heravest






 
 

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