Une industrie de la mode pas si modèle

jeudi, 28.03.2019

Nick Clay*

Le monde de la mode a connu deux importants développements le mois dernier. D’une part, la disparition d’une légende de la mode, le directeur artistique de la maison Chanel, Karl Lagerfeld, et de l’autre, le Comité d’audit environnemental du gouvernement britannique qui soumettait le rapport final de son enquête sur la durabilité de l’industrie de la mode.

La haute couture et les vêtements des vendeurs «fast-fashion» en ligne se trouvent dans un secteur qui exige un nouveau modèle économique, annonce le Comité d’audit environnemental britannique dans son rapport final.    
Ce rapport présente cinq raisons pour lesquelles l’industrie de la mode nuit à l’environnement: travail forcé et autres pratiques de travail illégal; particules de matière plastique émettant des fibres synthétiques; utilisation excessive d’eau dans la production de vêtements; croissance de la consommation et de la demande pour une mode plus nouvelle et plus rapide; et déchets de vêtements à grande échelle
La principale recommandation proposée serait la taxe de 1 centime sur chaque vêtement produit. Le Comité estime que cela pourrait rapporter 35 millions de livres sterling pour investir dans le développement du recyclage des vêtements au Royaume-Uni. D’autres recommandations clés sont aussi avancées.
Les solutions potentielles proposées sont révélatrices: l’impact durable des vêtements va bien au-delà du simple manque de recyclage et de la pollution par les fibres synthétiques. Selon McKinsey, une fois que les consommateurs quittent le magasin avec des vêtements neufs, le lavage et le séchage d’1 kg de vêtements tout au long de leur cycle de vie, en utilisant des méthodes classiques, créent 11 kg de gaz à effet de serre.

Combustibles fossiles

McKinsey estime que la culture du coton, qui représente environ 30% de la consommation totale de fibres textiles, utilise beaucoup d’eau, de pesticides et d’engrais. Par ailleurs, la plupart des pays fabricants de vêtements dépendent principalement des combustibles fossiles pour fournir leur énergie, 1 kg de tissu peut générer 23 kg de gaz à effet de serre en moyenne.
Un détaillant nordique se démarque par ses progrès actifs en matière de développement durable. L’entreprise de vêtements a utilisé 96% d’électricité renouvelable dans l’ensemble de ses activités en 2017, tandis que 59% du coton qu’elle a utilisé provenait de sources durables, et son objectif est de 100% d’ici l’an prochain.
De plus, l’entreprise gère un promettant programme de recyclage qui encourage les clients à donner des vêtements non désirés – de n’importe quelle marque – en échange d’un chèque-cadeau.    

Besoin d’échelle

Les programmes de recyclage commencent à devenir de plus en plus courants, mais le problème est que la demande de vêtements recyclés n’existe pas encore. La plupart des entreprises n’ont donc toujours pas les incitations nécessaires pour mettre en œuvre ces programmes et ainsi réaliser des économies d’échelle.
Bien que le coût initial de l’amélioration de la durabilité pour les entreprises puisse être élevé, ces coûts sont nécessaires, car, à long terme, le marché ou la réglementation finiront de toute façon par forcer la main aux fabricants de vêtements.

* Gérant actions internationales, Newton IM






 
 

AGEFI



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