Les investisseurs obligataires sont confrontés à des choix importants

mardi, 04.02.2020

Une faible croissance, une faible inflation et un environnement de faibles rendements ne justifient pas en soi de paniquer.

Andrew Wilson *

Andrew Wilson

L’été dernier, bon nombre de nos clients européens ont semblé prendre tout à coup conscience d’une réalité: l’environnement de taux négatifs n’est pas une simple étrangeté fugace. Il est auourd’hui devenu plausible que les rendements négatifs persistent pendant plusieurs années. Toutefois, l’entrée dans une nouvelle réalité n’implique pas nécessairement un danger. Selon moi, aucune récession ne menace dans l’immédiat. À moins d’un choc imprévu, les conditions ne sont pas réunies à ce jour pour un élargissement des écarts de crédit ou une vente massive d’actifs à risque.

Les investisseurs institutionnels partageant les mêmes conclusions, ils adaptent leur manière d’investir. Afin de dégager des rendements positifs, beaucoup envisagent progressivement d’allonger leurs durations, de descendre dans la hiérarchie de la qualité des crédits, d’abandonner les liquidités ou de recourir à l’endettement. Le tout stimule la demande de types d’actifs qui ont le potentiel d’offrir un revenu fixe constant, mais parfois, se situent en dehors des zones de confort traditionnelles ou nécessitent un plus grand travail de recherche et de gestion des risques, comme le crédit privé, la dette à haut rendement, la dette des marchés émergents, l’infrastructure et l’immobilier.

Parmi ces catégories d’actifs, certaines ont évolué au cours des dernières années et peuvent désormais s’avérer intéressantes pour un cercle plus large d’investisseurs. Les indices obligataires de marchés émergents, par exemple, incluent à ce jour des pays dont l’économie est solide et relativement équilibrée, tels que la Corée du Sud.

De surcroît, de nombreuses entreprises de ces pays émettent de plus en plus d’obligations en monnaie locale, de sorte qu’elles sont davantage préservées des fluctuations du dollar à l’approche d’une année électorale et d’un tournant dans la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine.

Sur les marchés développés, considérant que les possibilités d’ajustement des taux dans un sens ou dans l’autre sont floues, l’accent a largement été mis sur le virage en direction des stimulus fiscaux. Aux premiers jours de son mandat à la présidence de la BCE, il semble que Christine Lagarde ait l’intention d’encourager en priorité les mesures fiscales dans les grandes économies de la zone euro pour parer à une contraction. En fonction de l’issue de leurs élections, les États-Unis et le Royaume-Uni pourraient également favoriser une tendance à l’assouplissement fiscal en 2020. Toute la question est de savoir si ces décisions peuvent effectivement agir sur la croissance. Les mesures fiscales devraient être pour le moins substantielles pour y parvenir. Le Japon peut faire figure d’exemple attestant que l’expansion budgétaire ne conduit pas mécaniquement à une hausse des taux de croissance et d’inflation.

Dans l’état actuel des choses, l’économie mondiale est plutôt susceptible de connaître une période prolongée de croissance atone, avec un nivellement de ses taux dans le monde aux alentours de 3%. Aucune raison ne saute aux yeux pour que l’inflation augmente dans une mesure significative et rien n’oblige apparemment les banques centrales à relever les taux.

Nous pensons qu’une récession est peu probable en 2020, mais les investisseurs obligataires seront confrontés à des choix importants durant cette année. Une faible croissance, une faible inflation et un environnement de faibles rendements ne justifient pas en soi de paniquer, mais devraient amener les investisseurs institutionnels à revoir leurs allocations dans la gamme des titres obligataires.

*CEO for EMEA et Global Head of Fixed Income, Goldman Sachs Asset Management 






 
 

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