Peu de changements en vue après les élections américaines

jeudi, 08.11.2018

Une étape de mi-mandat sans surprise et une influence limitée pour les démocrates n’auront pas d’impact sur les marchés.

Frank Häusler*

Le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis ne modifie ni les perspectives de croissance et d’inflation de l’économie américaine, ni celles de l’économie mondiale. Les politiques commerciale et fiscale de Donald Trump devraient rester pratiquement inchangées en 2019. En effet, la Chambre des représentants, à nouveau contrôlée par les démocrates, n’est pas en mesure d’influencer significativement la politique du président. Cela signifie également que la déréglementation va se poursuivre.

Côté dépenses d’infrastructure, Donald Trump n’a pas encore tenu sa promesse de les accroître et les démocrates y sont théoriquement très favorables. Cependant, on pourrait aussi affirmer qu’ils feront tout pour éviter que le président ne puisse s’en vanter comme d’un succès de son administration. Si les démocrates à la Chambre mettent en oeuvre une telle politique d’obstruction, les chances que des dépenses d’infrastructure s’accroissent pourraient se voir réduites, les deux partis n’étant pas nécessairement d’accord sur les infrastructures qui doivent être financées. 

En ce qui concerne la fiscalité, les démocrates seraient favorables à des réductions d’impôts pour les classes à faibles et moyens revenus. Cependant, ils souhaiteraient les financer via une augmentation des impôts des personnes aisées. Etant donné que Donald Trump ne suit pas l’agenda républicain traditionnel, il est possible qu’il approuve cette approche.

Administration libre et indépendante

Enfin, côté politique commerciale, l’administration peut agir très librement et indépendamment du Congrès. Traditionnellement, les démocrates, en raison de leurs liens avec les syndicats, sont plus protectionnistes que les républicains. Cependant, depuis que Donald Trump a pris la présidence, l’opinion des républicains et des démocrates sur le commerce a changé. Un pourcentage plus élevé de démocrates que de républicains pense que «le commerce crée des emplois aux États-Unis» et l’inverse est vrai pour «le commerce détruit des emplois aux États-Unis». Pour ce qui est de la Chine, républicains et démocrates partagent les mêmes opinions, à savoir que la Chine doit ouvrir l’accès à ses marchés et qu’elle recourt à des pratiques d’investissement déloyales. Par conséquent, aucun changement de politique commerciale n’est à attendre de Donald Trump.

Mais bien plus que les élections américaines de mi-mandat, ce sont les nombreuses questions politiques en suspens qui auront un impact sur la croissance mondiale et les performances des différentes classes d’actifs. La rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump prévue en novembre lors de la réunion du G20 à Buenos Aires devrait permettre d’obtenir davantage de visibilité sur l’évolution des tarifs commerciaux. Pour les marchés européens en particulier, restent la question du budget en Italie et celle du Brexit. Et l’on constate que la première série de sanctions vis-à-vis de l’Iran, mise en œuvre dès le 4 novembre, s’est avérée plus légère que prévu.

En ce qui concerne les perspectives macroéconomiques et de marché, nous anticipons une évolution bipolaire avec d’un côté des Etats-Unis en croissance et où les premiers signes de pression salariale devraient se faire sentir dans les mois à venir. Cependant, l’amélioration de la productivité devrait en réduire l’impact sur les marges bénéficiaires des entreprises américaines. De l’autre côté se trouvent une Chine qui doit stimuler son économie et une zone euro qui connaît un ralentissement (temporaire?).

L’heure du resserrement monétaire

Les taux d’intérêt américains sont plutôt orientés à la hausse et la Réserve fédérale américaine, prête à poursuivre sa politique de relèvement des taux. Nous nous trouvons donc dans une phase de normalisation: l’heure n’est plus à la détente mais bien au resserrement monétaire. Il est difficile de savoir si ce scénario sera favorable aux marchés boursiers à l’horizon 2019, cela dépendra en grande partie des bénéfices et des perspectives des entreprises. 

Dans ce contexte, nous maintenons les expositions, neutre aux actions et légèrement sous-pondérée aux obligations, que nous avions mises en place fin d’octobre. Nous restons surpondérés sur les matières premières, un thème de fin de cycle. Ces dernières devraient en effet bénéficier des mesures de relance de l’économie chinoise ainsi que de facteurs politiques qui influencent le prix du pétrole, comme les sanctions contre l’Iran. A l’heure actuelle, il ne paraît pas opportun de réduire sensiblement les expositions aux actifs risqués pas plus qu’il ne semble judicieux de les accroître fortement.

*Head Macroeconomic and Cross Asset Research, Vontobel Asset Management






 
 

AGEFI



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