Une économie en phase avec les attentes des citoyens

mardi, 18.02.2020

Cédric Juillerat*

Cédric Juillerat

Une multinationale qui contamine des enfants au plomb devrait être tenue responsable de ses actes. Il n’y a pas à tergiverser sur la question: une telle pratique est inacceptable et devrait avoir des conséquences.

En tant qu’entrepreneur résolument moderne et en phase avec son temps, il m’est essentiel de mettre en place des projets entrepreneuriaux viables tant sur le plan économique que sur le plan humain et environnemental. La société a aujourd’hui certaines attentes envers les entreprises, tant de la part des consommateurs que de celle des investisseurs. Il est ainsi d’autant plus légitime de vouloir instaurer des règles claires sur cette thématique, à travers un cadre légal efficace.

Tel est l’objectif de l’initiative pour des multinationales responsables: inscrire dans la loi une obligation pour les multinationales basées en Suisse de prendre en compte les droits humains et l’environnement dans leurs pratiques d’affaires à l’étranger. Celles qui, sciemment, ne respectent pas cette loi doivent pouvoir être tenues responsables en cas de manquement.

Dans les milieux économiques, la plupart d’entre nous intègrent déjà ces principes de base dans nos activités. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour des grandes multinationales, dont l’impact est infiniment plus grand que le nôtre? En tant qu’entrepreneur, il me paraît essentiel de m’engager en ce sens, et de montrer à la population qu’une partie de l’économie a bien compris ses attentes. Nous sommes d’ailleurs déjà plus de 170 dirigeants d’entreprise à soutenir l’initiative au sein d’un comité d’entrepreneurs.

Certaines multinationales concernées par l’initiative craignent le risque de devoir rendre des comptes pour tout dommage. Mais contrairement à ce que prétendent les opposants à l’initiative, la responsabilité civile prévue par le texte est strictement limitée aux entreprises contrôlées par la société en Suisse. Il serait donc impossible de mettre en cause la responsabilité d’une multinationale pour un dommage commis par un fournisseur lointain sur lequel elle n’a aucun contrôle. En revanche, il est bien normal qu’elle soit tenue de rendre des comptes pour des activités sur lesquelles elle a effectivement une influence. Si une filiale plonge dans les chiffres rouges, sa maison mère sera pointée du doigt pour sa mauvaise gestion. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour des violations de droits humains?

Pour moi, l’initiative tombe ainsi sous le sens: si une société ne prend aucune mesure pour empêcher que l’activité de sa filiale ne provoque une pollution grave, elle devrait être tenue responsable.

Le parlement rendra son verdict final en mars, en décidant s’il soutient un contre-projet à l’initiative ou pas. Ce sera alors l’occasion de voir si les parlementaires savent faire preuve de suffisamment de pragmatisme pour faire aboutir un contre-projet crédible. Dans le cas contraire, j’espère que le résultat de l’initiative dans les urnes à l’automne prochain leur montrera qu’ils ont eu tort de ne pas prendre au sérieux la demande d’une part croissante de la population et des milieux économiques. 

* Directeur, Codalis
et membre du comité d’entrepreneurs «Economie pour des entreprises responsables»






 
 

AGEFI



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