Une crise mondiale de confiance envers les institutions étatiques

jeudi, 17.09.2020

Marie Owens Thomsen *

Marie Owens Thomsen

Depuis plusieurs décennies, la confiance des populations envers leurs gouvernements ne cesse de diminuer, et ce dans de nombreux pays du monde.

Aux Etats-Unis, le taux de con­fiance a atteint un plus haut de 77% en 1964 tandis qu’en 2019, il ne s’élevait plus qu’à 17% selon le Pew Research Center.

En 2018, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a placé la Suisse en tête de son classement à plus de 82% et la Grèce au dernier rang à 14% parmi 42 pays classés.

Plus récemment, deux enquêtes menées par Reuters et l’Université d’Oxford ont indiqué une baisse de confiance dans plusieurs pays, la chute la plus importante ayant été observée au Royaume-Uni: 19 points en six semaines seulement.

Ce taux a probablement encore diminué depuis que Sir Jonathan Jones, conseiller juridique en chef du gouvernement britannique, a démissionné suite à une violation unilatérale de l’accord cadre sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) signé en janvier 2020. Il est le sixième chef de département à quitter la fonction publique cette année, une tendance également observée outre-Atlantique.

Le secrétaire d’Etat pour l’Irlande du Nord, Brandon Lewis, a déclaré que la nouvelle législation britannique changerait l’accord cadre d’une manière spécifique et limitée, tentant ainsi de minimiser la violation de cet accord international tout en l’admettant. Il convient de rappeler que l’accord stipule que l’Irlande du Nord doit rester dans le marché unique de l’UE afin d’éviter toute violation de l’accord de paix du «Vendredi saint».

Ces développements compliquent les négociations ­entre le Roya­ume-Uni et l’Union européenne, menacent la paix et l’activité économique des deux Irlande et augmentent le risque de voir le Royaume-Uni sortir de l’Union éuropéenne sans autre cadre pour ses relations avec cette ­dernière que celui établi par l’Organisation mondiale du com­merce (OMC). Ils posent par ailleurs deux questions importantes: comment les pays avec lesquels le Royaume-Uni souhaite conclure des accords d’échange commerciaux vont-ils se positionner face à ce partenaire qui ne rechigne pas à revenir sur sa parole aussi rapidement et de manière aussi ­opportuniste? Et comment la com­mu­nau­té internationale pourra-t-elle protéger les autres pays du monde con­tre tout type de violation des accords internationaux si les Etats du monde «libre» les transgressent?.

Même si elle est insuffisante à elle seule, la con­fiance est absolument nécessaire à la réalisation des réformes économiques et sociétales.

La manière dont les pays parviendront à consolider leurs économies dans le monde post-COVID dépendra très probablement de la confiance que les populations placent dans leurs gouvernements et leurs institutions.

L’agence de notation Standard & Ppoor’s n’attribue la notation la plus élevée AAA qu’à onze pays dans le monde: l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, Singapour, la Suède et la Suisse.

Il s’avère que cinq de ces pays bénéficient, selon l’OCDE, du niveau de confiance le plus élevé de la part des populations envers leurs gouvernements, et que les onze indiquent un taux de confiance supérieurs à 45%. Il est fort probable que les pays ayant des taux de confiance inférieurs à ce seuil vont éprouver davantage de difficultés à accompagner la transformation de l’économie mondiale à laquelle nous assistons en temps réel.

* Head of Global Trends Lombard Odier

 

 






 
 

AGEFI



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