Gérer les risques action des marchés émergents

mercredi, 15.08.2018

Une approche fondée sur la gestion des risques est essentielle, surtout en raison de potentiels vents contraires à l’horizon, tels que le raffermissement du dollar américain.

Maria Musiela*, Gael Combes**

Les actions des marchés émergents ont connu une performance largement supérieure à celle des actions mondiales en 2017 grâce à de meilleures perspectives de croissance mondiale, une inflation et des taux d’intérêt bas, l’absence de nouvelles négatives en provenance de Chine et un dollar américain relativement faible par rapport aux devises émergentes. 

Cette année s’est cependant révélée plus difficile, l’indice MSCI Marchés Emergents ayant reculé de 6,66% au cours des six premiers mois de l’année et sous-performé de 7,1% l’indice MSCI Monde (sources: Bloomberg, Unigestion, 31.12.2017 au 30.06.2018.), comprenant les pays développés. Après un démarrage très soutenu pendant la plus grande partie du mois de janvier, les craintes inflationnistes survenues à la fin du mois ont déclenché une liquidation des titres, les rendements obligataires ayant augmenté aux États-Unis et en Europe. À la mi-mars, les actions ont de nouveau subi des pressions, les titres technologiques ayant chuté dans le monde entier à la suite du scandale Facebook. Enfin, depuis mars, la rhétorique protectionniste des États-Unis, le resserrement monétaire de la Réserve Fédérale Américaine (Fed), le raffermissement du dollar américain et l’affaiblissement des données en provenance de Chine ont partiellement inversé la dynamique des pays émergents.

Vieillissement de la population

En outre, alors que de nombreuses économies développées luttent contre les défis démographiques associés au vieillissement de la population, les économies émergentes et en développement bénéficient d’une population plus jeune, la Chine comptant à elle seule 400 millions de «millenials», c’est-à-dire davantage que l’ensemble de la population des États-Unis. La croissance rapide de la Chine a entraîné un changement dans le profil économique de la population, avec une croissance significative des revenus moyens. Ces «millenials» plus riches en liquidités que les autres générations auront probablement un impact significatif sur les habitudes de consommation et sur la croissance.

Limiter la dépréciation du change

Malgré les perspectives relativement positives à plus long terme pour les actions des marchés émergents, nous croyons qu’une approche fondée sur la gestion des risques est essentielle, surtout en raison de potentiels vents contraires à l’horizon. L’un de ceux-ci est le raffermissement du dollar américain, la plupart des pays émergents enregistrant des déficits courants et nécessitant un financement externe (la dette extérieure étant principalement libellée en dollars américains).

Bien que de nombreux pays aient amélioré le positionnement de leur compte courant depuis 2012, un dollar plus fort devrait toujours présenter un défi pour ces pays. Les données sur la dette des entreprises devraient cependant être rapprochées de la part des revenus que ces entreprises génèrent en dollars. Ainsi, les sociétés mexicaines peuvent ne pas être autant exposées au risque de change si elles financent leur dette en dollars américains avec des revenus générés dans la même devise.

Cette pression via les canaux du change (FX) devrait se poursuivre, compte tenu du cycle de resserrement de la politique monétaire de la Réserve Fédérale Américaine et du potentiel de surprises inflationnistes aux États-Unis, qu’il s’agisse de pressions salariales ou de hausse du prix des intrants. Cela pourrait contraindre en retour les banques centrales des pays émergents à resserrer leur politique monétaire afin de limiter la dépréciation du change et éviter les impacts inflationnistes ultérieurs.

Ralentissement de l’activité économique chinoise

Un resserrement de la politique monétaire en Chine, visant à maîtriser le niveau d’endettement extrêmement élevé du pays, a également un impact visible, avec des signes de ralentissement de l’activité économique chinoise. Cet indicateur a été aggravé par des données plus faibles en provenance de l’Europe, le plus grand marché d’exportation de la Chine. Si cette situation se détériorait davantage, nous pourrions retourner à une politique d’assouplissement monétaire en Chine.

Protection en cas de baisse des marchés

Dans ce contexte d’incertitude des marchés et de volatilité accrue engendrée par l’escalade de la rhétorique de guerre commerciale, la meilleure façon d’être exposé aux actions émergentes consiste à adopter une stratégie fondée sur la gestion des risques. Une stratégie fondée sur la gestion des risques a pour objectif de générer une bonne participation aux marchés haussiers tout en procurant une protection en cas de baisse des marchés.

*Gérante de Portefeuille Client, Equipe Actions 

**Chef de recherche fondamentale, Equipe Actions chez Unigestion






 
 

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