La crise financière de 2008 se lit dans les sédiments du lac Léman

mardi, 02.07.2019

Une analyse du transport des sédiments dans la vallée du Rhône conclut que la fonte des glaciers a plus que compensé l’effet du plus grand nombre de centrales hydroélectriques. Les données reflètent également la réduction des activités de construction liée à la crise financière de 2008.

La hausse de l’apport de sédiments depuis 2008 est lié à la réduction des activités de construction suite à la crise financière internationale.

Des recherches soutenues par le Fonds national suisse ont recueillis pour la première fois des informations détaillées sur l’évolution depuis les années 1960 de la sédimentation dans le lac Léman et dans la vallée du Rhône en amont. Elles montrent l’impact du changement climatique, des activités de construction et de la production hydroélectrique.

"Nous avons fait une sorte d’analyse du cycle de vie des sédiments dans un bassin hydrologique très étendu, ce qui constitue une première en Europe", note Stuart Lane de l’Université de Lausanne, premier auteur de l’article publié dans Scientific Reports (*). Ce travail multidisciplinaire a réuni des scientifiques des universités de Lausanne, Berne, Genève et de l’ETH Zurich.

La sédimentation s’accélère

L’étude révèle un tournant dans les années 1980: les taux de sédimentation dans le lac Léman ont cessé de décroître pour virer à la hausse – ils ont depuis lors plus que doublé. Le résultat s’est avéré surprenant pour les scientifiques, car les barrages bloquent le transport des sédiments et le nombre croissant de centrales hydroélectriques dans les Alpes devrait réduire la vitesse d’accumulation des sédiments dans le lac Léman.

Mais en fait, les particules empruntent également des rivières dont le flot n’est pas entravé ou via des structures spécifiques qui leur permettent de contourner les barrages.

De plus, le retrait des glaciers induit une libération accrue de sédiments. "Ils se comportent normalement comme de gigantesques réservoirs, mais leur fonte accélérée par le changement climatique apporte des sédiments additionnels dans les ruisseaux et les rivières", explique Fritz Schlunegger, professeur à l’Université de Berne et directeur du projet.

Autre surprise: les scientifiques ont observé une hausse de l’apport de sédiments depuis 2008, un phénomène qu’ils ont pu relier à la réduction des activités de construction suite à la crise financière internationale.

"En Valais, des entreprises extraient du sable et du gravier du Rhône pour produire des matériaux de construction tels que le béton, explique Stuart Lane. Lorsqu’elles réduisent leurs activités d’extraction, la quantité de sédiments qui atteignent le lac Léman augmente, ce qui est bien visible sur nos données."

"Ces résultats montrent que l’analyse de la sédimentation s’inscrit dans le concept de la "glocalisation", un terme utilisé dans le monde des affaires, poursuit Stuart Lane.

Appréhender ce phénomène exige de l’envisager comme une combinaison de processus globaux – ici, le changement climatique et la crise financière de 2008 – et de facteurs locaux, comme la production hydroélectrique et les activités de construction. Sans une analyse minutieuse, les facteurs locaux peuvent occulter les influences globales." 

 

 






 
 

AGEFI



...