USA: de nouveaux garde-fous bancaires menacés

dimanche, 09.09.2018

Une agence de protection des consommateurs s'estime menacée par les prochains changements de la réglementation financière aux Etats-Unis

Les attaques de l'administration Trump pourraient menacer le Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB), créé par Dodd-Frank. (Keystone)

L'essentiel des garde-fous financiers érigés aux Etats-Unis après la débâcle de 2008 a résisté jusqu'ici aux assauts anti-règlementation du président Donald Trump mais une agence de protection des consommateurs, nouvellement créée, est très menacée.

Architecte majeur de la règlementation financière aux Etats-Unis après la crise, l'ancien élu Barney Frank a estimé que sa loi Dodd-Frank de réforme de Wall Street avait bien survécu au détricotage de la règlementation par l'administration Trump.

Récemment retouchée par le Congrès pour alléger le fardeau règlementaire des banques de taille modeste, l'ensemble de la règlementation devrait, selon lui, continuer à déclencher des voyants rouges si une banque systémique --à savoir assez grande pour menacer tout le système en cas d'effondrement-- prenait des positions trop risquées.

"Il est vrai que les gens de Trump parlent d'être moins sévères avec les réglementations", a dit M. Frank. "Mais toutes ces règles sont restées en place" et s'il s'avère que le secteur privé n'a pas appris sa leçon, "tous les garde-fous sont là pour l'arrêter avant qu'une nouvelle crise ne se déclenche", a assuré l'ancien élu. "Je suis heureux que notre travail ait tenu bon", a-t-il confié.

La loi Dodd-Frank a instauré des tests de résistance bancaire menés par la banque centrale américaine (Fed) qui exige des ratios plus importants de capitaux propres et a réclamé des scénarios de liquidation en cas de faillite d'une grande banque.

Haro sur le CFPB

Mais Barney Frank s'est dit préoccupé par les attaques de l'administration Trump sur le Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB), créé par Dodd-Frank.

"La droite déteste cette idée qu'un gouvernement puisse protéger les gens face au secteur privé", a-t-il asséné.

L'ancien élu démocrate à la Chambre des représentants, maintenant à la retraite, s'inquiète des velléités de Mick Mulvaney, choisi par Donald Trump pour diriger le CFPB.

En en prenant les rênes, M. Mulvaney a jugé cette instance "bien trop puissante" et a pris des mesures pour limiter ses pouvoirs, geler les recrutements, affaiblir les contrôles sur les prêts automobiles notamment, un des créneaux de crédits les plus actifs aux Etats-Unis. S'il "regrette" cet affaiblissement du CFPB, M. Frank concède que cela "ne constitue pas une menace pour la stabilité financière".

Pour Aaron Klein, un expert de la régulation financière à la Brookings Institution, les initiatives de M. Mulvaney --qui porte aussi la casquette de directeur du Bureau du budget de la Maison Blanche--, ont "profondément politisé" le CFPB.

Elles ont dilué son rôle "d'agent de police" contre les excès des prestataires de services financiers.

Et, même s'il admet que la crise financière mondiale de 2008 n'était pas seulement la conséquence d'une protection des consommateurs trop laxiste, il dit "ne pas être à l'aise avec l'idée qu'un million d'Américains se font arnaquer dans les services financiers de base parce qu'un régulateur de Washington ne veut pas faire son travail".

Cet expert en appelle à la vigilance sur la stabilité financière soulignant qu'une crise frappe rarement deux fois au même endroit.

"Je ne sais pas ce qui causera la prochaine crise mais je suis assez certain que ça ne viendra pas des tulipes néerlandaises", a estimé M. Klein, faisant référence à l'éclatement d'une des premières bulles financières qu'a connue la planète au XVIIe siècle. "Ni des crédits immobiliers à risques" ou subprimes, à l'origine de la crise planétaire de 2008.

"Mais ce qui me préoccupe", a insisté l'économiste, "c'est un relâchement de la mentalité comme celui qui nous a plongés dans la crise, à savoir tolérer ou ignorer des comportements à risque parce qu'ils génèrent beaucoup de bénéfices à court terme". (awp)






 
 

AGEFI



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