Un toit au-dessus de nos têtes

mercredi, 01.07.2020

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen*

Même si l’incertitude persiste quant à l’impact de la pandémie sur l’économie globale, la manière dont la reprise se dessine actuellement est plus lente et moins forte qu’on pouvait l’imaginer il y a peu.

De nombreux ménages vulnérables risquent notamment de devoir quitter leur domicile si un nouveau plan de soutien n’intervient pas très rapidement. 

Les plans de soutien des gouvernements avaient pour principaux objectifs de remplacer les revenus perdus et de limiter les faillites d’entreprises. Or, bien que louables, ils ne suffisent pas. Il faut maintenant aussi aider les gens à garder un toit sur leur tête. Un moratoire est en place jusqu’à fin août sur les hypothèques américaines bénéficiant d’une garantie de la part des institutions Fannie Mae et Freddie Mac.

Ces institutions jouent un rôle important dans le marché immobilier américain en promouvant sa liquidité, sa stabilité et son accessibilité. Ensemble, elles garantissent 50% des crédits hypothécaires américains. Toutefois, alors que les hypothèques délinquantes, soit en retard de 30 jours ou plus, s’élevaient à 7.8% du total en mai, 6.4% en avril et 3.4% en mars, celles en retard de 90 jours ou plus ont augmenté de 50% sur les deux mois d’avril et mai, selon Housing Wire. Contribuant au problème, l’accessibilité s’est détériorée. Malgré une baisse du taux hypothécaire effectif de 4.3% en avril 2019 à 3.4% un an plus tard, les prix des maisons ont augmenté davantage. L’accessibilité a du coup baissé de presque 12% sur un an (National Association of Realtors). 

Le taux de personnes propriétaires de leur foyer a connu un plus haut à 66% aux Etats-Unis en 2000 pour ensuite baisser à 64% en 2017. Si ce déclin paraît modeste, il faut noter que, par groupe d’âge, l’évolution est davantage problématique. En 1960, le différentiel entre le taux de personnes plus âgées et les jeunes n’était que de 25 points de pourcentage. En 2017, il s’élevait à 44 points. Parmi les personnes âgées de plus de 65 ans, 78% sont propriétaires tandis que le taux de personnes âgées de 35 à 64 ans marque un plus bas depuis 30 ans et que seuls 34% des jeunes entre 20 et 34 ans sont propriétaires de leur domicile. Bien sûr, certaines personnes préfèrent louer, mais la majorité dit regretter de ne pas avoir la capacité financière de devenir propriétaire. 

Ceux qui louent leur logement sont alors encore plus vulnérables que les propriétaires car ils ont, de manière générale, des revenus moindres, et sont amenés à devoir accorder jusqu’à 50% de leur revenu au paiement de leur loyer. L’État fédéral américain a mis un moratoire sur les expulsions jusqu’au 25 juillet mais il ne s’applique qu’aux propriétés bénéficiant d’un soutient fédéral, tel que les garanties de Fannie Mae et Freddie Mac. En outre, pour les quelque 20 millions de chômeurs que compte le pays, le supplément accordé expire fin juillet. Le fait que certaines cours de justice soient fermées pourra retarder des expulsions mais il faut néanmoins s’attendre à ce que ces mesures augmentent en août, et plus encore en septembre. 

Certains États, comme la Californie, ont agi pour protéger leur population contre le risque d’expulsion. La ville de Houston a alloué un montant de 15 millions de dollars à un programme de soutien au paiement des loyers qui a été consommé en 2 heures, laissant les «retardataires» sans grand espoir. Un nouveau plan de soutien est urgent, sans quoi le drame consistant à perdre son logement n’aura été que temporairement évité et continuera d’impacter les personnes concernées pour le reste de leur vie. 

*Head of Economic and Investment Research Indosuez WM






 
 

AGEFI



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