La crise de la pandémie Covid-19 et le vrai visage de la régulation du système financier

mardi, 05.05.2020

Un tel système, basé sur des liquidités illimitées, nuit à long terme aux classes moyennes et inférieures.

Cosima F. Barone*

Cosima F. Barone

La régulation est nécessaire dans un système financier qui donne la priorité à la dette et à l’effet de levier plutôt qu’aux capitaux propres. Un tel système, basé sur des liquidités illimitées, nuit à long terme aux classes moyennes et inférieures qui ne peuvent pas bénéficier de la création de richesse. Il profite exagérément aux 1% et 10% supérieurs, qui finissent par posséder la majeure partie des liquidités utilisées sur les marchés financiers. Cependant, les “actions” sont le fondement de la sécurité de nos économies et des systèmes financiers. Par conséquent, la priorité devrait être de protéger l’investissement en actions.

Les systèmes financiers et les économies réelles, interdépendants, sont cycliquement confrontés à des crises majeures. Les banques centrales sont appelées à faire face aux menaces qui pèsent sur les marchés financiers et les économies. Dans un environnement de taux d’intérêt négatifs pour lutter contre la déflation, elles se retrouvent aujourd’hui sans moyens, alors que les excès financiers ont dominé la dernière décennie. Pire encore, la marge de manœuvre de 5% nécessaire en temps de crise n’est pas là. Par conséquent, le ‘quantitative easing’ a été l’outil des banques centrales pour canaliser des liquidités vers les systèmes financiers. Les banques centrales et les gouvernements ont poussé leur politique à l’extrême, provoquant également une augmentation de la dette publique. Ainsi, la politique prolongée de “taux négatifs” conduit inexorablement à une mauvaise allocation des capitaux et met en danger le système financier qu’elle est censée essayer de sauver.

À la lumière de l’accumulation de la dette mondiale, on a visiblement cru que plus de régulation préviendrait une autre crise systémique. Ainsi, depuis la dernière crise financière mondiale de 2008-2009, les régulateurs ont imposé au secteur de l’intermédiation financière un “tsunami” de règlementations au nom de la protection de l’investisseur, de son épargne et de son fonds de pension.

La Convention of Independent Financial Advisor (CIFA), dépositaire de la Charte des Droits des Investisseurs, est très attentive aux mesures prises au cours des douze ans où les marchés financiers ont évolué sous la forte pression des régulateurs. Une pression qui a été particulièrement exercée sur les acteurs de petite et moyenne taille du secteur financier mondial.

Compte tenu de l’effondrement actuel des marchés financiers, qui meurtrit les investisseurs dans le monde entier, que penser du très lourd coût de la réglementation imposé au cours des 12 dernières années et de son efficacité?

Nous pouvons donc constater que le “tsunami” réglementaire n’a pas eu pour but de protéger les investisseurs. Il protège les grandes institutions financières systémiques (SIFIs) au détriment de l’épargnant/investisseur. Le système financier actuel encourage la création de dette pour s’enrichir. En effet, il est facile de constate que les intérêts sur la dette sont fiscalement déductibles alors que les dividendes ne le sont pas. Cette dette crée des revenus, encourage les effets de levier et récompense les grandes institutions systémiques qui, de plus, avec l’aide des banques centrales et des gouvernements, privatisent les bénéfices et socialisent les pertes. Alors, pourquoi cette relation intime entre les gouvernements et les SIFIs devrait-elle prendre fin? L’histoire a montré très clairement que la cause première de la plupart des effondrements des marchés, qui ont eu un impact sur les portefeuilles des particuliers et les bilans des entreprises, est imputable au surendettement. Les gouvernements et les régulateurs devraient mettre en place des politiques qui encouragent le financement par les fonds propres, en rendant les dividendes fiscalement déductibles. Nous pourrions ainsi voir une économie plus stable et plus forte au lieu de la fragilité financière cyclique due à l’excès d’endettement!

* Directrice du GSCGI, Groupement Suisse des Conseils en Gestion Indépendants






 
 

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