2017: année de vérité après le choc du franc

mercredi, 11.01.2017

Un taux de croissance de 1,3% et une inflation à nouveau positive: Raiffeisen affiche un optimisme prudent pour 2017, mais ne pense pas que les effets du choc du taux de change de janvier 2015 soient complètement dissipés.

D'après Martin Neff, la BNS devra rester en alerte, car outre les questions macroéconomiques, 2017 devrait être riche en incertitudes sur le plan géopolitique.

L'économie suisse devrait afficher une croissance de 1,3% en 2017 et ainsi renouer avec la performance de 2016, qui affichait un niveau de 1,4% selon les premières estimations. Par ailleurs, Martin Neff, chef économiste de Raiffeisen, s'attend à un revirement du taux d'inflation en territoire positif en 2017, et à une augmentation des prix à la consommation de 0,6%. La normalisation des taux devrait tout au plus être encore imprécise en 2017. Ainsi, Raiffeisen table sur des taux positifs à long terme, mais non sur une hausse des taux par la BNS, selon un communiqué diffusé mercredi.

A l'image de 2016, le thème de la monnaie devrait rester au cœur des préoccupations en Suisse. Une détente durable n'est pas prévisible à l'horizon en 2017. Raiffeisen prévoit un taux de change de 1.10 CHF/EUR vers la fin de l'année, ce qui reflète un franc suisse toujours massivement surévalué. C'était la conclusion de Martin Neff à l'occasion de la conférence sur les prévisions de Raiffeisen de début d'année, à Zurich. A l'inverse des autres augures conjoncturels, le chef économiste ne pense pas que le choc du taux de change du 15 janvier 2015 soit entièrement surmonté; d'après lui, il est trop tôt pour baisser la garde.

Une dynamique de croissance inégalement répartie

Ce qui se profilait en 2015 s'est accentué en 2016. Les indicateurs conjoncturels, à première vue réjouissants, se révèlent très contrastés lorsqu'on y regarde de plus près. La Suisse est encore loin d'une reprise économique à grande échelle. Si les exportations suisses affichent une augmentation de plus de 4%, c'est uniquement grâce à la bonne santé du secteur pharmaceutique et chimique. Toutes les autres branches exportatrices sont encore sous le coup du choc du franc.

On distingue certes de vagues prémices d'une reprise graduelle, notamment dans l'industrie des machines, soit la deuxième branche exportatrice la plus importante, ainsi que dans l'hôtellerie/restauration. Deux conditions sont indispensables pour que cette reprise se poursuive:

  • l'accélération de la conjoncture au sein de l'Union européenne, le principal acheteur des exportations suisses;
  • l'absence de toute turbulence sur les marchés financiers. En effet, toute secousse sur les marchés entraîne inévitablement une appréciation du franc, accroît l'incertitude et oblige la Banque nationale suisse à intervenir sur le marché des devises. D'après Martin Neff, la BNS devra rester en alerte, car outre les questions macroéconomiques, 2017 devrait être riche en incertitudes sur le plan géopolitique.

Un calendrier chargé d'incertitudes

Le monde entier a les yeux braqués sur les États-Unis, où le nouveau président fait des vagues avant même sa prise de fonction officielle. Les marchés financiers se sont non seulement rétablis étonnamment vite suite à l'élection de Donald Trump; ils ont même réagi très positivement. Reste à savoir si cet optimisme est justifié.

Raiffeisen, quant à elle, est plutôt sceptique, et considère l'imprévisibilité de Trump comme un facteur d'incertitude latent pour les marchés, eux-mêmes assez imprévisibles. Par ailleurs, il y aura des élections en France, aux Pays-Bas, en Allemagne et éventuellement aussi en Italie, où les partis établis risquent de céder davantage de terrain – voire le pouvoir – aux courants populistes. Dans un tel contexte, le franc suisse devrait être plutôt convoité.

Pas de revirement des taux

Martin Neff ne table pas sur un véritable revirement des taux en 2017. Si la tendance ne semble plus être à la baisse, il est beaucoup trop tôt pour espérer des taux positifs du marché monétaire, étant donné les incertitudes existantes.

De même, la notion de «réinflation», utilisée à outrance depuis quelque temps, concerne pour le moment tout au plus les États-Unis. L'inflation remonte légèrement en Europe (et dans une moindre mesure en Suisse), mais c'est essentiellement dû aux effets de base liés à la remontée des prix du pétrole. Le potentiel de renchérissement reste très limité sur les marchés des matières premières traditionnels. Pour Raiffeisen, cela s'explique par la saturation liée à la démographie, la stagnation du revenu par habitant et la forte hausse de la productivité mondiale. Ajoutés à la surévaluation du franc, tous ces facteurs pèsent sur les prix.

Les acheteurs de logement ne sont pas des spéculateurs

Selon Raiffeisen, les prix de l'immobilier suisse restent très élevés, mais Martin Neff a conclu son exposé en écartant le risque d'un effondrement des prix des logements en propriété. En effet, il manque l'élément spéculatif, ce qui préserve le marché d'un crash, même au niveau de prix élevé actuel. Contrairement au début des années 1990, la très forte demande actuelle provient de «vrais» utilisateurs – à savoir les propriétaires – et non de spéculateurs en quête de gains rapides. Toutefois, les risques ont augmenté pour les immeubles à usage commercial et les immeubles de rapport. Le marché n'est plus en mesure d'absorber tous les objets à n'importe quel prix, comme le montrent les taux de vacance qui ne cessent d'augmenter.


 

 
 



Agrandir page UNE

agefi_1970-01-01_jeu_01
 
 
 

...