Un oui par effet à l’expérimentation humaine à large échelle

jeudi, 19.12.2019

Jacques Neirynck*

Jacques Neirynck

Les Genevois ont refusé une initiative intitulée «Pour un meilleur contrôle de l’expérimentation animale». Le but était freiner ces expériences, qui font souffrir des animaux. L’argument central est imparable: l’expérimentation animale consiste à infliger à des animaux des traitements que nous refuserions d’infliger à des humains. Dès lors, en toute logique, il faut aussi refuser de les infliger à ces humains, c’est-à-dire annuler la loi fédérale relative à la recherche sur l’être humain.

Or un traitement quelconque ne peut être autorisé que si l’on est à la fois convaincu de son efficacité et de son innocuité. Il faut bien faire des expériences, sinon sur des animaux, sinon sur des êtres humains. 

La loi slalome entre deux impératifs contradictoires: permettre la recherche; «protéger la dignité, la personnalité et la santé de l’être humain». Dès lors il a fallu rien moins que 68 articles pour noyer le poisson dans des prescriptions floues. 

On commence par rassurer: «La recherche sur l’être humain peut être pratiquée uniquement si la personne concernée a donné son consentement éclairé.» Quel patient ordinaire, qui n’est pas médecin, peut donner un consentement éclairé?

Il ne faut pas toujours tout lui dire: «Exceptionnellement, la personne concernée peut être informée de manière partielle… si les conditions suivantes sont réunies: des raisons méthodologiques l’imposent; les risques et les contraintes sont minimaux.». «Minimal» n’a pas de sens. En recherche par définition, on ne sait pas ce que l’on va trouver et il est impossible d’évaluer les risques à l’avance. Que faire des patients qui sont incapables de donner un consentement éclairé, par exemple les enfants? Une solution radicale consisterait à ne pas les utiliser. Mais on ignorerait toujours les effets de certains traitements sur les enfants.

La loi multiplie les précautions: «Un projet de recherche avec bénéfice direct escompté ne peut être réalisé sur un enfant incapable de discernement qu’aux conditions suivantes: son représentant légal a donné son consentement éclairé par écrit; l’enfant n’exprime pas de manière identifiable, verbalement ou par un comportement particulier, son refus du traitement lié au projet de recherche.» Qu’est-ce que cela veut dire? Si un enfant pleure au moment d’une piqûre, est-ce un refus du traitement? 

Tout cela est donc susceptible d’interprétations divergentes. Il n’y a qu’un seul article qui soit sans ambiguïté: «Un projet de recherche ne peut être réalisé sur des personnes décédées que si le décès a été constaté.» Cette lapalissade donne une mesure de l’amateurisme avec lequel cette loi a été votée par un parlement, bien en peine d’exercer un «consentement éclairé». 

Régulièrement des scandales surgissent parce qu’un médicament largement prescrit a eu des effets secondaires dramatiques, allant jusqu’à l’invalidité ou la mort. Cela signifie clairement que l’expérimentation humaine ou animale n’as pas été suffisamment poursuivie. Le but réel de l’initiative était donc de transformer tous les patients en sujets d’expérimentation.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI




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