Un médecin de Pully a exécuté une euthanasie

dimanche, 17.11.2019

Jacques Neirynck *

Jacques Neyrinck

Un médecin de Pully a effectué une euthanasie, l’a reconnu devant le tribunal et a été condamné à une peine de principe qui lui épargne la prison: 5 ans avec sursis, alors que la peine maximum eut été de 20 ans.

Il n’est ni le premier ni le dernier à subir cette épreuve pénale, qui revient à une forme dissimulée d’acquittement. La loi n’est plus applicable, ni appliquée. Faut-il en changer?

 Car, s’il avait été condamné à de la prison ferme, la réprobation publique aurait été unanime. Secrètement, la plupart des citoyens souhaitent mourir sans agoniser interminablement: pour eux, une «bonne» mort est tardive et instantanée. Si possible n’en étant même pas conscient.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Une «bonne» mort est celle qui laisse le temps de se préparer à la vie future par le remords. En 1715, agonisant durant trois semaines, Louis XIV a dit au futur Louis XV: «je souffre beaucoup mais je souhaite souffrir davantage pour expier mes péchés».

Changement de société

Cela a changé. Nos contemporains doutent: existe-t-il une vie après la mort? Les souffrances endurées durant la vie terrestre améliorent-elles cette seconde vie? Pour une fraction croissante de l’opinion publique, les réponses sont deux fois négatives.

Face à ce changement de société, la loi actuelle est fondée sur de fines distinctions juridiques: le code éthique de l’Académie Suisse des Sciences Médicales autorise donc «la renonciation à la mise en œuvre ou arrêt des mesures nécessaires au maintien de la vie» (euthanasie passive) et l’«administration de substance pour réduire les souffrances et dont les effets secondaires sont susceptibles de réduire la durée de survie» (euthanasie indirecte active).  

De même le suicide assisté est autorisé pourvu que le mourant soit encore capable de tenir lui-même la potion léthale. Est interdite l’euthanasie active où une tierce personne pratique une injection mortelle.

La loi n’interdit pas le principe de l’euthanasie mais distingue entre les modes opératoires. Ce n’est pas l’intention qui compte, mais la nature du geste: c’est celui-ci qui fait la distinction entre la compassion et le meurtre. Cette contorsion juridique s’efforce de satisfaire une fraction de l’opinion, farouchement opposée à l’euthanasie.

Quels sont ses arguments? Chacun doit vivre dans la dignité, jusqu’au bout de sa vie; la loi doit protéger les plus fragiles; l’interdit de tuer structure notre civilisation; légaliser l’euthanasie ce serait la banaliser sans éviter les dérives. Ces arguments sont soutenables mais débouchent sur des controverses sans fin. Qu’est-ce que la dignité? Qui sont ces plus fragiles? Comment définir une dérive?

Comment élaborer une législation autorisant l’euthanasie? Si celle-ci dépendait d’une décision médicale, administrative ou judiciaire, ne serait-ce pas le pire? Ne vaut-il pas mieux continuer dans le flou juridique actuel, reposant sur le discernement du ministère public et la compréhension d’un tribunal? Ne vaut-il surtout pas mieux de s’en remettre au colloque singulier entre patient et médecin, en se gardant bien d’y mêler les pouvoirs publics? Il y a des actes humains qui se situent dans une zone où le droit n’a rien à faire.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI




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