Un gage de sécurité pour les PME exportatrices

jeudi, 30.01.2020

Claudine Amstein*

Claudine Amstein.

La majorité des entreprises suisses se montrent favorables à la conclusion d’un accord de libre-échange entre notre pays et les États-Unis. Un tel traité, qui semble désormais sur de bons rails, permettrait de sécuriser ces relations économiques bilatérales.
Près de 60% des entreprises suisses s’expriment en faveur d’un accord de libre-échange avec les États-Unis. C’est une étude de Credit Suisse, publiée l’an dernier, qui l’affirme. Autant dire que les PME exportatrices ont dû voir d’un bon œil la présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, et son homologue américain, Donald Trump, poursuivre les pourparlers en cours lors du récent World Economic Forum de Davos.
Sur fond de guerres commerciales allumées par les Etats-Unis, un accord de libre-échange offrirait de nouvelles opportunités à nos entreprises, permettrait de garantir la sécurité juridique et, surtout, de créer un cadre institutionnalisé pour renforcer ces relations bilatérales. Le marché américain est le deuxième par ordre d’importance pour la Suisse après celui d’Allemagne. On ne saurait donc le négliger.
Les chiffres du Département fédéral des affaires étrangères confirment l’importance de la coopération économique entre notre pays et celui de l’Oncle Sam. En 2017, la Suisse représentait le septième principal investisseur étranger aux États-Unis par ordre d’importance avec un volume d’investissement de 309 milliards de dollars américains. Les Etats-Unis sont, pour leur part, le plus important pays d’origine d’investissements directs étrangers en Suisse avec 457 milliards de francs.
En cette même année, le volume des échanges commerciaux entre les deux pays atteignait environ 115 milliards de francs. Il connaît une évolution très dynamique ces dernières années. Près de 500 entreprises suisses sont établies outre-Atlantique et fédèrent un demi-million d’emplois directs. Les quelque 900 sociétés américaines sises ici employaient pas loin de 90.000 personnes en 2017.
Sur ces vingt dernières années, à titre d’exemple, la pharma a vu ses ventes augmenter aux Etats-Unis de près de 500%. Lorsque l’on sait que ce secteur représente 40% de la valeur ajoutée du PIB suisse, on prend la mesure de ces enjeux.
Le think tank Avenir Suisse a estimé, dans une étude parue l’an dernier, que les échanges de marchandises croîtraient en cinq ans de plus de 14 milliards de francs si un tel accord devrait se conclure. Plus de 40.000 nouveaux emplois pourraient être créés, dont 13.500 en Suisse. Berne pourrait ainsi accéder «sans entrave au plus grand marché du monde».
Le volet agricole de cet accord doit faire l’objet d’une attention particulière. On se souvient que les milieux concernés étaient montés aux barricades contre un tel traité en 2006, puis en 2016. Il reste qu’un accord de libre-échange pourrait constituer une chance pour de nombreux agriculteurs innovants.
«Prix spécial du jury» lors du dernier Prix vaudois des entreprises étrangères, la Fromagerie Maréchal constitue un exemple à suivre. L’impact écologique de son produit phare a été réduit en complétant l’alimentation des vaches avec des graines de lin. Celles-ci produisent ainsi moins de méthane, donc moins de CO2. Sur les 360 tonnes de cette pâte dure produites annuellement, plus de 90 sont exportées, dont une partie aux États-Unis.
Dans le contexte géopolitique actuel, pour le moins incertain, il est important pour une économie comme celle de la Suisse de diversifier les marchés d’exportation. Certains voient d’un mauvais œil la conclusion d’un traité avec un pays dont le président est pour le moins versatile. C’est pourquoi il est important de conclure cet accord pour se prémunir d’une volte-face. On l’a vu avec la Chine. Mais nous sommes là dans une réflexion sur le long terme. Les présidents passent, les accords restent.

* Directrice, Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie






 
 

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