Un dernier acte de courage du parlement?

lundi, 23.09.2019

Christophe Barman*

Christophe Barman (photo Marie Contreras)

En ce début de septembre, c’était la rentrée pour les plus jeunes d’entre nous, mais aussi pour nos élus, avec au programme une nouvelle session parlementaire. Cela devient presque une habitude: à nouveau, le contre-projet indirect à l’initiative pour des multinationales responsables repasse devant le Conseil des Etats. 

Cela fait maintenant deux ans que l’initiative reste enlisée dans la machine parlementaire. Avec cette nouvelle session, il reste maintenant à la petite chambre une dernière chance de suivre les pas de sa grande sœur en décidant, enfin, d’accepter un compromis pour encadrer les pratiques des multinationales en termes de droits humains. Le dernier vote des Etats avait été serré, la session de septembre parviendra-t-elle à renverser la vapeur?

Avec les 140 entrepreneurs qui soutiennent l’initiative à travers un comité de soutien du nom d’«Economie pour des entreprises responsables», nous suivons de près ces tergiversations politiques. Il est pour nous indispensable d’agir, afin de mettre un cadre autour de la poignée de multinationales qui abîment la réputation de la Suisse par leurs pratiques peu reluisantes. Il me paraît évident qu’une multinationale qui ignore délibérément les conséquences sanitaires d’une pollution provoquée par sa mine devrait être tenue responsable de ses actes, comme le serait tout citoyen s’il se comportait de manière irresponsable.

Ces multinationales qui font pour certaines la fierté de la Suisse et se revendiquent comme moteur du rayonnement de la Suisse à l’international ne devraient-elles pas justement accorder une importance particulière à l’image qu’elles véhiculent à travers leurs pratiques? Ces géants se font l’apôtre du libéralisme économique et s’inscrivent dans une globalisation sans limite de leur production et de leurs ventes. Mais pourquoi le concept de globalisation ne devrait-il être compris que pour la nature des relations commerciales, et pas également pour le respect des droits humains dans leurs pratiques? Est-il juste qu’une multinationale qui s’attache à respecter le bien-être de ses employés ici en Suisse ne se préoccupe pas des conditions de travail ou du respect des ressources naturelles dans ses filiales à l’étranger? Ce système de deux poids deux mesures est intolérable et irrespectueux des valeurs suisses. Où qu’elles soient actives, il n’est pas acceptable que certaines multinationales polluent des rivières ou emploient des enfants. Il est temps que ces mauvais élèves soient mis face à leurs responsabilités lorsqu’ils se comportent de la sorte.

Cette dernière session du parlement actuel serait l’occasion de terminer cette législature sur une note positive, en montrant aux citoyens et citoyennes suisses que leurs préoccupations peuvent être entendues jusqu’à Berne, et que nos élu-e-s peuvent se distancier des puissants lobbys économiques. Comment les parlementaires pourraient-ils assumer leur indignation, légitime, vis à vis des pratiques irresponsables des grands propriétaires terriens au Brésil et du silence complice du président Bolsonaro, alors qu’ils rechignent ici à agir devant des violations commises par des groupes basés en Suisse? En cas de décision négative, la trace qui resterait alors de cette législature des quatre dernières années serait celle d’un parlement peureux et incapable de se montrer ferme face aux abus de certaines sociétés helvétiques. Un tel comportement serait regrettable et nous obligerait à mener campagne aux côtés des milliers de citoyennes et citoyens déjà prêts à faire gagner cette initiative dans les urnes!

* Ex-CEO, Loyco






 
 

AGEFI




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