Un chapiteau et des dettes pour lancer l'épopée Knie

mardi, 05.02.2019

Il y a 100 ans, un chapiteau transformait la troupe de danseurs sur corde autrichiens Knie en "Cirque national des frères Knie". Une petite révolution qui ne faisait alors pas l'unanimité.

Les 250'000 francs nécessaires pour acheter un nouveau chapiteau ont été récoltés auprès du public par une campagne de financement participatif. (Keystone)

"La folie des grandeurs", soupira Marie Knie-Heim, la directrice du cirque, veuve, devant la nouvelle tente de 2500 places achetée par ses cinq fils pour transformer la "Knie Arena" en "Cirque National".

L'arène, avec laquelle trois générations avaient jusque-là voyagé à travers les pays germanophones, avait permis de limiter les risques financiers pour la famille. Il suffisait d'une scène, de cordes, de quelques bancs, d'artistes et d'acrobates, principalement de la famille. Avec son sens aigu des affaires, la veuve avait ainsi conquis le premier million de la dynastie des Knie.

"Mégalomane"

Mais à l'été 1919, elle refusa d'ouvrir les cordons de sa bourse à sa jeune équipe "mégalomane". Ses fils achetèrent donc une tente à crédit. Ils violèrent ainsi la devise familiale qui était: "pas de dettes". Les Knies, qui avaient immigré d'Autriche en 

1866, s'étaient vu refuser la citoyenneté à Soleure, pour une prétendue facture fiscale encore ouverte. La famille s'était alors promis de ne plus jamais s'endetter et, depuis 1900, ses membres sont citoyens de Gerlikon (TG).

La dette de la tente fut vite épongée, car le public s'est déplacé en masse. Avant la première, le 14 juin 1919, à la Schützenmatte à Berne, les deux kiosques pour les billets se sont effondrés sous l'assaut des spectateurs. Les deux vendeuses de billets - les épouses de Fredy Sr. et Rolf - ont tout juste réussi à se sauver.

Friedrich et Karl Knie vont rapidement développer le programme du cirque en intégrant des chevaux et des éléphants. Avec leur frère Eugen, ils ont joué un rôle majeur dans l'essor du cirque. Karl est mort en 1940, Friedrich en 1941.

Fredy et Rolf, les fils de Friedrich et Margrit Knie, nés en 1920 et 1921, ont repris la direction de l'entreprise avec leur oncle Eugen. En 1962, ils fondèrent le zoo pour enfants à Rapperswil, où le cirque a ses quartiers d'hiver depuis 1925.

Chapiteau participatif

Fin 1992, les deux seniors Fredy et Rolf ont cédé la direction à Fredy jun. et Franco. Aujourd'hui, le cirque est aux mains de la septième génération. Il emploie environ 230 collaborateurs.

Comme un clin d'oeil à leur propre histoire, pour leur 100e anniversaire, les Knie ont à nouveau refusé de délier les cordons de leur bourse pour s'acheter un nouveau chapiteau. Mais cette fois, ils ont pleinement respecté la devise familiale en ne faisant pas de dettes.

Les 250'000 francs nécessaires ont été récoltés auprès du public par une campagne de financement participatif. Une démarche qui a soulevé de nombreuses critiques sur internet, puisque le cirque Knie avait largement les moyens de financer cette nouvelle acquisition.

Mais pour les Knie, ce n'était pas une question d'argent, mais de fidélité du client. Une chose est certaine: Marie, l'arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-grand-mère économe, aurait été ravie par ce modèle de financement. (ats)






 
 

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