Un carcan pour le pays et le consommateur

vendredi, 24.08.2018

Vincent Simon*

Faudra-t-il lancer un plan Wahlen en Suisse si l’initiative «pour la souveraineté alimentaire» devait être acceptée? C’était un peu le sens des propos de Pierre-André Tombez, membre du comité d’initiative, qui débattait du texte avec le conseiller national Frédéric Borloz dans l’émission Forum. M.Tombez n’a-t-il pas affirmé que la Suisse pouvait entièrement produire tous les aliments dont elle a besoin, étant donné qu’il y a assez de balcons et de jardins à exploiter en permaculture?

Plan Wahlen ou pas, l’initiative demande un interventionnisme total dans l’agriculture, à un niveau qui rappelle ce que les pays de l’Est ont connu. 

Ce texte veut que la Confédération favorise l’augmentation du nombre des actifs dans le secteur primaire. Cela ne semble pas vraiment à la portée de notre Etat, à moins qu’il s’engager à salarier lui-même le personnel, à interdire les produits phytosanitaires et à obliger tout le monde à arracher les mauvaises herbes à la main.

Assurer l’adéquation de l’offre et de la demande

Cette vision «collectiviste» est encore illustrée par le fait que la Confédération devrait soutenir les organisations paysannes qui s’occuperaient d’assurer l’adéquation de l’offre des paysans et les besoins de la population. 

Traduisez: un groupe de personnes déciderait de ce que l’on pourrait manger et à quel prix. L’Etat devrait aussi renforcer les structures de transformation, de stockage et de commercialisation régionales et contribuer à la détermination de prix équitables dans chaque filière.

Des taxes douanières supplémentaires

Outre ces aspects étatistes, l’initiative nous poserait de graves problèmes dans nos relations commerciales. Certes, la Suisse pratique encore des mesures de protection à la frontière, en taxant notamment les importations lorsque la production suisse (fruits, légumes) arrive sur le marché. 

Mais avec l’initiative, la fermeture des frontières devrait se généraliser afin de développer la production indigène. 

Elle ajoute ainsi une couche de taxes douanières pour les produits non conformes aux «normes sociales et environnementales suisses» et permet d’en interdire l’importation. On pourrait nous accuser d’exagérer le propos, mais en fait nous ne faisons que citer l’initiative!

Ce carcan de politique agricole aurait bien entendu pour effet immédiat de mettre notre pays au ban de la communauté internationale. De telles mesures alimenteraient la vague protectionniste qui ne cesse de prendre de l’ampleur. 

Pas de nouvelles entraves 

Ce faisant, la Suisse se tirerait une balle dans le pied. Les autres secteurs, à savoir l’industrie et les services, seraient à n’en pas douter victimes de mesures de rétorsion, alors qu’ils contribuent à l’essentiel de notre prospérité. 

Un pays exportateur comme le nôtre a tout intérêt à ne pas ajouter de nouvelles entraves au commerce.

Au final, bien entendu chacun souhaite manger des aliments de bonne qualité. C’est le cas aujourd’hui dans notre pays de manière générale, et peut-être encore plus avec le bio, ce dernier étant plus cher, mais aussi demandé de plus en plus. Au moins le consommateur est-il aujourd’hui libre, et pas sous la tutelle de l’initiative.

*economiesuisse






 
 

AGEFI



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