Trop de médecins coûtent cher!

dimanche, 08.03.2020

Jacques Neirynck *

Jacques Neirynck

Santésuisse a publié un communiqué dont voici des extraits: «Trop de médecins coûtent cher. L’offre excédentaire de médecins est financée par la population sous forme de primes trop élevées, et par les patients avec des traitements inutiles. … Et comme la branche de la santé génère sa propre demande, cela a des conséquences financières pour la population: trop de médecins coûtent cher. Chaque nouveau cabinet médical coûte en moyenne un demi-million de francs par an. Les coûts de cet approvisionnement excessif et inadéquat sont principalement à la charge des payeurs de primes.»


Si les primes de l’assurance maladie vont encore croitre, c’est la faute à une pléthore de médecins. Ce ne sont pas les patients qui consultent parce qu’ils se sentent mal, ce sont les médecins qui leurs prescrivent des traitements alors qu’ils ne demandent rien.

Ce n’est pas la première fois que des mesures maladroites sont proposées pour réduire les coûts de la santé. Cela a commencé voici vingt ans avec le numerus clausus des facultés de médecine visant à réduire le nombre de médecins diplômés: cette mesure a tourné à la confusion de ses initiateurs puisque les jeunes Suisse, interdits d’étude, ont été remplacés par des médecins formés à l’étranger

Sont-ils pour autant trop nombreux, comme le prétendant les partisans de leur réduction? A en juger par le délai nécessaire pour obtenir un rendez-vous chez certains spécialistes, de trois semaines à trois mois sur la place de Lausanne, ils seraient au contraire surchargés et trop peu nombreux. Il n’y a pas trop de spécialistes et trop peu de généralistes.

Ensuite on a proposé et mis en œuvre un moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets par de jeunes médecins. Le seul résultat a été de les confiner dans les hôpitaux universitaires, où ils se sont spécialisés.

Malades imaginaires et médecins complaisants

Toutes les interventions maladroites ont, jusqu’à présent, été à fins contraires. Quel que soit le système, il y aura toujours des malades imaginaires et des médecins complaisants: c’est inscrit dans la nature humaine, faite d’angoisses et de faiblesses. Si l’on réduisait effectivement la consommation médicale par des mesures administratives, on réduirait des dépenses inutiles, mais aussi d’autres indispensables.

Le système de santé suisse est excellent en ce sens qu’il garantit une espérance de vie parmi les trois plus élevées au monde. Si l’on estime qu’il y a trop de médecins, encore faudrait-il décider d’une norme objective. Il y a aussi, si l’on commence à compter, trop d’avocats, de fiduciaires, de stations de ski, de stades, de théâtres, de musées, de parcs, d’universités, d’avions, de voitures, de restaurants, d’antennes de téléphonie dont pourrait théoriquement se passer.

Si les médecins étaient organisés en groupe de pression, on se rendrait compte qu’ils sont vraiment utiles pour maintenir les gens en vie, en bonne santé et capable de travailler. Le communiqué de Santésuisse répète inlassablement l’argument selon lequel un cabinet engendre un demi-million de frais. Mais cela ne signifie pas que ce demi-million est jeté dans une poubelle, sans aucun résultat.  Puisque la Suisse est riche, il est intelligent de dépenser dans des domaines où cela vaut la peine: nous vivons mieux que beaucoup d’autres et surtout plus longtemps.

* Professeur honoraire EPFL






 
 

AGEFI



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