Donald Trump n’est pas d’humeur au temporaire

mardi, 07.05.2019

Tout semble pourtant à l’œuvre pour faire perdurer les pressions désinflationnistes.

Daniel Varela*

La réunion de la Réserve fédérale la semaine dernière a accouché d’une souris. Les taux de référence de la banque centrale américaine restent en effet inchangés avec un objectif de taux sur les fed funds compris entre 2,25% et 2,50%. Après avoir à nouveau intensifié sa pression sur le président de la Fed ces dernières semaines, Donald Trump pourra néanmoins trouver un certain réconfort dans l’annonce d’une baisse très marginale, de 2,40% à 2,35%, sur le taux des réserves excédentaires des banques. L’honneur est sauf, pour les deux parties. Mais le combat pour garantir l’indépendance de la Réserve fédérale ne fait peut-être que commencer. 

Période de désinflation

Dans son communiqué de presse, Jerome Powell semble en effet vouloir répondre aux critiques en provenance de l’exécutif notamment sur la question de la baisse de l’inflation. Le président de la Fed considère sa faiblesse récente comme temporaire. C’est oublier que les Etats-Unis comme le monde traversent une période de désinflation durable débutée il y a près de 40 ans. A l’époque, les économistes «monétaristes» tels que Milton Friedman défendaient l’hypothèse selon laquelle l’inflation est un phénomène purement monétaire et qu’elle peut être régulée par le biais de la masse de monnaie en circulation. 

Savants acronymes

La mise en pratique de cette théorie a permis de mettre fin à la période d’hyperinflation dans laquelle se trouvait le monde au lendemain du premier choc pétrolier. Mais comment dès lors expliquer que l’inflation reste actuellement au plancher après plus de dix ans de politiques ultra-laxistes qui cachent sous de savants acronymes le recours agressif à la bonne vieille planche à billets. Celle-ci n’a peut-être pas fini de tourner, car n’en déplaise à M. Powell, de profonds changements structurels semblent à l’œuvre pour faire perdurer ces pressions désinflationnistes. 

Poids sur les prix

La mondialisation, l’essor du commerce en ligne, l’automatisation, la robotisation et la digitalisation de pans entiers de l’économie continueront encore longtemps de peser sur les prix de revient et de vente des biens et services consommés dans le monde. D’ailleurs, les gains de productivité repartent à la hausse grâce aux investissements effectués par les entreprises dans la rénovation de leur outil de production. C’est le cas aux Etats-Unis où la productivité progresse de 3.6% tandis que les coûts unitaires du travail reculent au premier trimestre dans un contexte de quasi plein-emploi. Bientôt, Donald Trump trouvera que le temporaire aura trop duré et il ne manquera pas de le rappeler à Jerome Powell. Mais ce qui importe le plus pour les investisseurs en actions, c’est que les taux ont cessé de monter.

*Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland






 
 

AGEFI



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