Au bord du gouffre

vendredi, 14.06.2019

Taux Libor. Ses jours sont comptés. Et cela n’a rien de nouveau.

Catherine Reichlin*

Pendant près de 50 ans, ce taux a servi de référence au monde financier et reflétait le taux auquel les grandes banques se prêtaient de l’argent entre-elles pour financer leurs activités.

Vu d’une autre manière, en communiquant volontairement ce taux, les banques transmettaient des informations sur leur capacité d’emprunt, leur solidité financière et leur réputation au sein du club. Ce taux, qui n’était pas supervisé par une autorité, se fixait donc sur les indications que les banques voulaient bien fournir. Si certains avaient été soupçonnés par la British Banker Association dès 2008 «d’annoncer des taux inexacts au risque de provoquer une distorsion de marché», il a fallu plusieurs années pour que le scandale n’éclate réellement et sonne le glas du Libor. Des années d’enquêtes et des milliards d’amendes plus tard où en sommes-nous? 

Taux alternatifs

En Grande-Bretagne, un groupe de travail de la Banque d’Angleterre (BoE), planche sur le développement de taux de références alternatifs et a proposé en avril 2017 une nouvelle référence: le SONIA (Sterling Overnight Index Average). Afin d’éviter que les banques puissent à nouveau se concerter pour manipuler les taux, la BoE est garante de la gouvernance et de la publication du SONIA qui reflète la moyenne des taux que les banques fixent entre elles pour emprunter de la livre. 

L’année dernière ce ne sont pas moins de 6,9 milliards de livres avec pour référence le SONIA qui ont été émis. Son alter ego pour le dollar, le SOFR (Secured Overnight Financing Rate), a également été adoubé par le marché comme en atteste l’émission de 28,8 milliards de livres de nouveaux emprunts en 2018. 

La semaine dernière, le gouvernement local d’Australie du Sud a émis le premier emprunt lié à l’AONIA (Australian Overnight Index Average Rate). Des débuts encourageants alors que le Libor devrait disparaître en 2021. Un nombre croissant de nouvelles obligations sont émises avec ces nouveaux taux de référence, mais qu’est-il des obligations liées au Libor qui seront remboursées après 2021? 

La voie vient d’être ouverte avec succès par l’entreprise publique britannique Associated British Ports Plc qui est le premier emprunteur à avoir modifié le taux de référence d’une de ses obligations émises en 2012. Ce changement ne pouvait se faire sans l’approbation d’au moins 75% des détenteurs du titre. Un pas décisif dans la transformation qui attend les marchés obligataires dans les mois et années à venir. 

Période révolue

Avec humour, Dave Ramsden, député gouverneur de la BoE en charge des marchés et de l’industrie bancaire, a donné le ton au début juin avec son discours intitulé «dernière tournée: l’horloge tourne pour le Libor», une référence à la dernière tournée annoncée par une cloche dans les pubs. Là, où la légende dit que certains s’entendaient sur les taux à transmettre pour le calcul du Libor. Une période révolue qui fait place à plus de transparence... et d’acronymes.

*Mirabaud & Cie






 
 

AGEFI



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