L'aéroport de Lugano souffle sa 80ème bougie en pleine turbulence

lundi, 27.08.2018

Suspension de la liaison vers Genève pendant près d'une année, faillite de la compagnie régionale Darwin, annulations, et concurrence de Milan et des CFF sont autant de nuages qui viennent assombrir les perspectives de l'aéroport de Lugano.

"Nous avons essuyé une perte de 1,2 million, principalement en raison des impayés de Darwin", souligne Maurizio Merlo, CEO de Lugano Airport.(keystone)

L'aéroport de Lugano-Agno célèbre lundi ses 80 ans d'existence, alors que sa survie est menacée. Mais malgré les difficultés qui jonchent la piste, Maurizio Merlo, directeur général (CEO) de Lugano Airport, société exploitant l'aéroport, se veut optimiste. "A 80 années de son inauguration, l'aéroport est toujours là et constitue une partie importante du tissu économique tessinois", a-t-il assuré dans un entretien accordé à AWP.

Reste que ces dernières années, le quatrième aéroport de Suisse a pris du plomb dans l'aile.
Sa fréquentation annuelle avoisinait en 2016 les 180'000 passagers, loin des 400'000 de l'âge d'or des années 90, quand Crossair y avait créé une sorte de "mini hub", rappelle l'ancien commandant de bord de la compagnie fondée par Moritz Suter.

Ardoise de Darwin

L'année 2017 a en outre été marquée par les vicissitudes de Darwin Airline, passé en juillet des mains de l'émirati Etihad au slovène Adria, puis cloué au sol fin novembre en raison de problèmes de liquidités. Sans la faillite du transporteur local, l'aéroport aurait bouclé l'exercice sur un résultat équilibré, voire légèrement positif, comme les deux années précédentes.

"Or, nous avons essuyé une perte de 1,2 million, principalement en raison des impayés de Darwin", soupire celui qui en a cédé les commandes il y a un peu plus d'une année, avant de reprendre celles de Lugano Airport en décembre dernier.

>>Lire aussi: Des vols en partage pour assurer l'avenir de l'aéroport de Lugano


Malgré la vente à une société de leasing américaine pour 16 millions de francs des six appareils ayant appartenu au transporteur tessinois, le CEO de l'escale d'Agno ne se fait guère d'illusions sur un éventuel remboursement des arriérés de Darwin. "Si nous parvenons à toucher quelque chose, ce sera vraiment très peu", prévient-il.

Et l'année en cours s'annonce également déficitaire "car il manque les vols vers Genève, interrompus avec le grounding de Darwin", ce qui prive l'aéroport de quelque 35'000 passagers par année, affirme M. Merlo.

Petite lueur d'espoir, la compagnie bernoise SkyWork a annoncé jeudi dernier la reprise à partir de fin octobre de la ligne Lugano-Genève, à raison de deux rotations par jour, du lundi au vendredi.

Pas de concurrence supplémentaire d'Alptransit

La fréquentation des vols pour Zurich a donné quelques signes de faiblesse dernièrement. Après avoir frôlé la barre des 100'000 en 2015, le nombre de passagers transportés par Swiss vers Kloten a chuté de près de 8% l'année suivante, alors que le taux de remplissage pour ces deux années a été inférieur à 50%.

Selon M. Merlo, l'accès facilité vers les bords de la Limmat par le rail n'a pas détourné les passagers de l'aéroport tessinois. "Au contraire, depuis la mise en service du tunnel de base du Gothard (en décembre 2016, ndlr), nous avons enregistré une augmentation de 1,5% de la fréquentation", assure-t-il.

Il insiste sur le fait que, contrairement aux passagers à destination de Genève, 95% de ceux voyageant à Zurich y prennent un autre vol de Swiss. "Les personnes souhaitant se rendre à Zurich utilisent principalement le train, comme elles le faisaient déjà auparavant", assure-t-il.

Au sud en revanche, la concurrence de l'aéroport milanais de Malpensa, désormais accessible en train depuis Mendrisio en un peu plus d'une heure, se fait sentir.

Conçu comme plateforme de correspondance, le deuxième aéroport italien - plus de 22 millions de passagers en 2017 - offre une pléthore de destinations, y compris intercontinentales. A elle seule, la compagnie Easyjet dessert une soixantaine d'aéroports européens au départ de Malpensa.

Limitations techniques

Une des principales tares d'Agno, outre son enclavement entre des massifs montagneux, réside dans son incapacité à accueillir les appareils les plus utilisés dans l'aviation commerciale. Une extension de la piste permettrait d'opérer avec des avions plus modernes et pouvant transporter une centaine de passagers, contre 50 à 75 actuellement.

Quand en 2015, Swiss a décidé de concurrencer Darwin sur le segment Lugano-Genève en pratiquant une politique de prix agressive, en quelques mois le nombre de passagers a plus que doublé sur une base annuelle, à 75'000. "Cela a démontré l'élasticité du marché au prix, ainsi que la nécessité d'opérer avec des avions plus grands", explique M. Merlo.

Un projet d'extension de 200 mètres de la piste vers le sud est actuellement à l'étude entre l'aéroport et le canton. Il suppose toutefois le déplacement de l'axe routier jouxtant le lac. "Ce n'est pas pour demain, mais cela pourrait aboutir d'ici environ cinq ans", estime le Tessinois.(ats)






 
 

AGEFI



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