Décollage pour les obligations sociales

vendredi, 17.07.2020

Sur le premier semestre, avec 43 milliards d'euros, les obligations sociales représentent près de 30% des obligations responsables émises, contre 6% en 2019. Le marché est cependant encore peu mature.

Catherine Reichlin*

Dans le domaine des emprunts responsables, les obligations vertes ont tenu l’avant de la scène ces dernières années. En 2020, pandémie et mouvements sociaux obligent, un autre type d’obligation responsable a le vent en poupe: les obligations sociales. Elles ressemblent de très près à leurs consœurs vertes: engagement volontaire mais dans un cadre de principes comme, par exemple, la transparence sur l’affectation et la gestion des fonds levés.

Ici aussi, l’initiative a été prise par les organisations supranationales et les agences d’Etat qui sont à l’origine de 75% des volumes émis en 2020. La pandémie, et ses conséquences sociales, nécessite des financements colossaux et favorise l’émergence de ces emprunts. Les mouvements sociaux n’y sont pas étrangers non plus.

Sur le premier semestre, avec 43 milliards d'euros, les obligations sociales représentent près de 30% des obligations responsables émises, contre 6% en 2019. Le marché est cependant encore peu mature et les 80 milliards d'euros en circulation restent modestes dans le marché des obligations responsables qui s’élève à 690 milliards d'euros. La poursuite de la croissance est cependant à l’ordre du jour et l’arrivée des Etats, ainsi que des sociétés, pourrait même l’accélérer.

Outre la demande croissante vers davantage d’investissement responsable, les Etats et les entreprises font face à la hausse de risques sociaux à l’intérieur même de leurs territoires et organisations. Confidentialité des données, sécurité et santé des employés, lutte contre la discrimination ne sont que quelques-uns de ces enjeux. De nouveaux indices sont créés, comme l’indice Bloomberg de sentiment qui trace le nombre de fois où les entreprises sont citées dans le cadre de controverses sociales ou environnementales.

Les Etats sont bien sûr aussi concernés par ces attentes en matière de responsabilité sociale. Selon Moody’s, les Etats-Unis, s’ils ne redressent pas la barre des inégalités sociales, encourent à moyen terme un risque sur leur note de crédit. Outre les aspects moraux, ces disparités – à travers l’inégalité de chance d’accès aux études et au crédit par exemple - pourraient avoir un impact sur la performance économique, fiscale et institutionnelle du pays.

Depuis le 31 mars dernier, 68 emprunts sociaux ont vu le jour dont un seul d’une entreprise non-financière. Mis à part Pearsons, une société média spécialisée dans la formation, les émetteurs sont essentiellement des agences étatiques à l’image d’Unédic. L’agence française, en charge de l’assurance chômage, semble même être en train de construire sa courbe d’obligations sociales avec trois emprunts émis en moins de deux mois. Le succès est au rendez-vous puisque l’obligation la plus récente, émise début juillet, a récolté 3,5 milliards d'euros d’intérêt en moins d’une heure.

Le champ des possibles pour émettre des obligations sociales s’annonce au moins aussi vaste que celui des obligations vertes. Si l’histoire se répète, après l’arrivée des Etats et des sociétés sur ce marché, nous risquons de voir la créativité et le marketing des emprunteurs exploser. Espérons que le terme de «socio-blanchiment» ne succède pas à celui, désormais très connu, d’«éco-blanchiment».

* Mirabaud






 
 

AGEFI



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