L’incertitude géopolitique est un argument très relatif

dimanche, 12.01.2020

Sur le long terme, les portefeuilles d’actifs risqués surperforment ceux composés d’actifs refuges, au prix d’une volatilité.

Levi-Sergio Mutemba

William Davies. CIO de Columbia Threadneedle Investments

Après une année 2019 marquée par les tensions commerciales, l’attention des investisseurs se porte désormais sur les troubles civils et militaires, qui éclatent partout dans le monde. Les manifestations à Hong Kong, qui risquent d’exacerber les tensions entre les États-Unis et la Chine. Les troubles au Chili, une crise bancaire au Liban ou, plus récemment, le regain de tension géopolitique entre l’Iran et les États-Unis. «La diversification est la clé dans ce contexte d’incertitude persistante et significative», souligne William Davies, Chief Investment Officer EMOA chez Columbia Threadneedle Investments (Columbia).

Ce qui signifie détecter les entreprises de qualité raisonnablement valorisées, qui épouseront les tendances qui dominent l’économie. Telles que l’informatique du cloud (Alibaba en Chine ou AWS et Azure aux États-Unis), l’évolution démographique et les entreprises économes en capital (Aon, IHS Markit et RELX). «Il en existe dans tous les secteurs et partout dans le monde, les 10% d’entreprises les plus performantes s’arrogeant 80% des bénéfices économiques», précise William Davies.

Sous l’angle régional, les marchés émergents recèlent intrinsèquement plus de croissance que d’autres régions à long terme. «Reste que nous privilégions les États-Unis, qui abritent un grand nombre d’entreprises disposant d’un bon potentiel de croissance. Il serait donc bien mal venu de sous-pondérer ce marché», estime le CIO de Columbia.

De son côté, Schroders a analysé les rendements cumulés durant les grandes crises géopolitiques des deux dernières décennies. Durant la Guerre du Golfe, entre août 1990 et février 1991, le S&P 500 a enregistré un rendement cumulé négatif de 14,2%, le MSCI World de 9,6%, alors que l’or gagnait 6,4% et les obligations d’État américain à 10 ans 1,9%.

Lors des attaques terroristes du 11 septembre 2001 sur le sol américain, l’indice S&P 500 a cumulé une perte de 14,9% entre septembre et octobre 2011. Celle du MSCI World a atteint 14,7%, tandis que l’or cumulait un rendement positif de 8,9% et les Treasuries à 10 ans un rendement de 4,1%. Même tendance durant la Guerre en Irak en 2003 où, entre janvier et mars 2003, l’indice actions américain perdait 10,2%, le MSCI World 9% contre un rendement positif de 9,6% et 5,6% pour l’or et les Treasuries, respectivement.

Les périodes retenues ne sont cependant que de court terme. En constatant la simulation de deux portefeuilles hypothétiques, l’un composé d’actifs refuges l’autre d’actifs risqués, Philip Haddon, Head of Investment Communication chez Schroders, remarque que sur une période prolongée, c’est le portefeuille risqué qui surperforme le portefeuille refuge. Au prix, toutefois, d’une volatilité de court terme «considérable».

Au vu de l’envolée temporaire des prix du pétrole ayant immédiatement suivi la mort du général iranien Qassem Suleimani le 3 janvier, les stratégistes de Lombard Odier sont d’avis que tant que le prix du brut n’atteint pas des niveaux susceptibles de remettre en cause la reprise laborieuse du secteur manufacturier, visible depuis quelques mois, l’impact sur les marchés actions devrait être limité. «Les arbitrages géographiques et sectoriels pourraient cependant être affectés, au moins temporairement», écrivent ces derniers dans leur Bulletin de Stratégie d’Investissement publié vendredi.

Afin de se prémunir contre une hausse extrême des cours du pétrole, Lombard Odier a mis en place des stratégies optionnelles (options de vente) depuis plusieurs trimestres. Quant aux valeurs refuges, les obligations souveraines et l’or bénéficient logiquement de l’environnement actuel. «Mais, au vu du contexte de taux négatifs en zone euro et en Suisse, qui limite la capacité de couverture des obligations gouvernementales de ces économies, l’or représente une meilleure protection et son cours devrait rester soutenu aux niveaux actuels», estiment les stratégistes de Lombard Odier. Pour qui, dans le cas d’une escalade impliquant un conflit armé, l’or pourrait atteindre 1650 dollars l’once.






 
 

AGEFI




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