A l’aube d’un point d’inflexion?

mercredi, 19.09.2018

Sur fond de guerre commerciale et de renversements politiques, les marchés sont proches d’atteindre le début d’une nouvelle courbe d’évolution.

Olivier de Berranger*

Peu l’auraient parié en début d’année, mais finalement, quoi qu’il advienne d’ici fin 2018, la «guerre commerciale» aura été le grand sujet de l’année. A ce stade, il n’y a plus guère de place pour les positions tièdes, entre  ceux qui pensent que la poursuite de l’escalade pèsera fortement, à moyen terme, sur la croissance mondiale, et ceux qui estiment que, les élections de mi-mandat en ligne de mire, Donald Trump lèvera peu à peu le pied et cherchera peut-être même un accord avec la Chine dont il pourrait s’enorgueillir.

Nous sommes davantage sur cette ligne, que la tendance des dernières semaines semble accréditer. D’une part, une nouvelle rencontre réunira rapidement les représentants américains, sous la houlette du Secrétaire d’Etat au Trésor, Steven Mnuchin, et leurs homologues chinois, emmenés par le vice-Premier ministre Liu He. Une première rencontre entre les deux hommes en mai dernier avait même été à deux doigts d’aboutir à un accord... avant un énième tweet du Président américain. Ce nouveau tour de table pourrait s’avérer plus productif. D’autre part, alors que la période de consultation publique préalable s’est achevée le 5 septembre, on craignait que les États-Unis annoncent rapidement des taxes sur 200 milliards de dollars de produits chinois supplémentaires. Il n’en a rien été. D. Trump, qui n’a plus évoqué ce montant, a employé, dans un récent tweet au ton certes toujours véhément, le terme d’«accord».

Un contexte qui a fait nettement rebondir les actifs émergents, grands perdants de ces tensions commerciales. Alors que certains indices d’actions émergentes sont officiellement entrés en bear market ces dernières semaines, cela pourrait-il marquer un point de retournement? Il est évidemment trop tôt pour le dire, a fortiori  étant donné le caractère imprévisible de M. Trump. Néanmoins, un accord entre la Chine et les États-Unis rebattrait probablement les cartes sur les marchés et corrigerait certains des excès de l’année.

Un dollar et des valeurs américaines de croissance, notamment technologiques, surachetés et des actifs émergents (actions, dette et devises) ainsi que des valeurs value européennes survendues: les écarts sont aujourd’hui tels qu’une détente sur la guerre commerciale entraînerait probablement des rotations relativement violentes, d’autant plus dans une période de fin d’année traditionnellement favorable à ce type de rééquilibrages.  

Une manière de redonner des couleurs à une année boursière jusque-là on ne peut plus chahutée, mais qui ne lèvera pas, à terme, toutes les incertitudes, notamment pour les actifs émergents. Le risque a jusqu’ici été sans doute minimisé: l’impact de la normalisation monétaire de la Fed. A contrario, cette hausse des taux pourrait soutenir la thématique value dans les pays développés.

Zoom sur le titre Richemont 

A l’occasion de la publication de son point d’étape sur cinq mois (avril-août), Richemont, le groupe de luxe suisse a annoncé la nomination de Jérôme Lambert au poste de Directeur général, dessinant ainsi la succession du CEO Johann Rupert. Un mot sur les chiffres tout d’abord. Sur la période, le chiffre d’affaires de Richemont a crû de 10% en organique (25% en intégrant la contribution de Yoox Net-a-Porter, racheté en janvier), au-delà des estimations. La joaillerie est le grand moteur de surperformance avec une croissance de +14%, en accélération malgré une base de comparaison difficile. L’horlogerie est cependant quelque peu décevante, à +4% (+6% attendu), un point à clarifier. Les ventes au détail continuent à croître nettement plus vite que les ventes en gros, témoignant du travail de nettoyage des réseaux. Mais l’élément marquant a été la nomination de Jérôme Lambert, actuel chef des opérations, en tant que Directeur général, un poste qui n’existait pas auparavant, puisque Johann Rupert était CEO. Celui-ci conservera son poste de Président. Cela bouge donc pour la gouvernance de Richemont, ce que nous voyons d’un bon œil: la succession de Johann Rupert se dessine et Jérôme Lambert, pur produit de la maison qui a notamment dirigé les marques Jaeger-LeCoultre et Montblanc, paraît destiné à prendre le relais. En baisse depuis le début de l’année, le titre Richemont sous-performe le reste du secteur. Ceci s’explique notamment par les craintes d’un ralentissement de la consommation asiatique et par une allocation du capital qui reste à clarifier (après les rachats de Yoox Net-a-Porter et de Dufry). Nous restons positifs: le levier opérationnel est sous-estimé dans l’horlogerie et le travail du groupe de nettoyage de ses réseaux est une très bonne chose pour la suite. La joaillerie est un relais de croissance important, comme le montrent les derniers chiffres.

*CIO La Financière de l’Echiquier






 
 

AGEFI



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