Successeur du Libor: qui sera l’heureux élu?

mardi, 05.02.2019

Dr Anthony Le Cavil*

Le taux Libor (London Interbank Offered Rate) est un taux de référence extrêmement répandu sur les marchés. Acronyme utilisé à outrance dans les banques d’investissement, le grand public a très certainement fait sa connaissance lors de la crise de 2008. Contrairement à la majorité des taux d’intérêts fixés par la loi de l’offre et de la demande, le Libor est calculé à partir de taux soumis par un panel de banques représentatives.

Ces dernières déclarent, chaque matin à 11h GMT, les taux (pour différentes maturités) auxquels elles empruntent sur les marchés et le Libor est alors calculé, via un calcul de moyenne, et publié par l’ICE Benchmark Administration. Il a ainsi vocation à refléter le coût d’emprunts des banques sur les marchés. 

Depuis son entrée en vigueur en janvier 1986, le Libor a progressivement gagné ses galons de référence. Aujourd’hui, il s’applique à environ 400 trillions de dollars de produits et contrats financiers. Considéré comme taux sans risque jusqu’à la crise de 2008, il est clairement apparu qu’il capturait un risque lié à la qualité de crédit des institutions financières contribuant aux soumissions. Au-delà des différentes imperfections dont souffre le Libor, notamment exacerbées lors de la crise, il est apparu une volonté de mettre au point de nouveaux taux sans risque de référence. D’autant plus que ces taux impactent directement le grand public via les taux des prêts immobiliers.

En conséquence, différents régulateurs et autorités monétaires dans le monde ont décidé d’initier une telle réflexion. Plusieurs banques centrales dont la Fed, la BoE, la BCE, ont lancé des groupes de travail afin de réfléchir sur le successeur du Libor. Au-delà des aspects purement techniques, ces initiatives s’inscrivent dans la volonté des régulateurs de prendre la main sur l’administration de ces nouveaux taux.

L’objectif premier vise la mise en place de taux de référence dont la production est transparente, robuste et émanant d’une autorité de confiance. La plupart de ces initiatives ont débouché sur des propositions concrètes de nouveaux taux, comme le Sofr (Secured Overnight Financing Rate) pour les Etats-Unis, une réforme profonde du taux Sonia (Sterling Overnight Index Average) pour le Royaume-Uni, ou bien l’Ester (Euro Short-Term Rate) pour l’UE. En sus d’être administrés par les régulateurs ou autorités monétaires, tous ces taux sont dits overnight, c’est-à-dire reposant sur les données de transactions de prêts au jour le jour, entre institutions financières. La liquidité de ce type de transactions assure de fait une quantité très importante d’informations disponibles, permettant l’élaboration d’une méthodologie de calcul robuste ainsi que la mise en place de tests statistiques visant à s’assurer de la stabilité du taux calculé.

Bien que la réforme du Libor soit en bonne voie, plusieurs aspects ne sont toujours pas résolus. Par exemple, à ce jour, toutes les initiatives n’ont proposé que des taux overnight, alors que le Libor est calculé pour des maturités allant jusqu’à 12 mois. Ensuite, différents tests ont démontré que les taux proposés pouvaient, dans certains cas, être ponctuellement plus volatils que la version Libor. Enfin, la question cruciale de la transition se pose, une fois qu’il ne sera plus utilisé. D’un point de vue légal, qu’adviendra-t-il des contrats existants le mentionnant? Même si beaucoup d’initiatives ont déjà été réalisées. le travail à venir reste conséquent pour les différents protagonistes d’ici l’entrée en vigueur de ces nouveaux taux de référence en lieu et place du Libor, prévue pour 2020/2021.

*Senior Quantitative Analyst, Indosuez Wealth Management






 
 

AGEFI



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