Stratégie entrepreneuriale et enseignement militaire

jeudi, 13.09.2018

Dr Nicolas Durand *

Dr Nicolas Durand

Comme tout militaire, un entrepreneur n’attend jamais le moment de l’attaque de l’adversaire, ou que la situation se dégrade, pour entamer les préparatifs. Simplement parce qu’à ce moment-là, il est déjà trop tard pour se préparer. C’est la raison pour laquelle, en tant qu’entrepreneur, je suis toujours dans la logique des militaires. Elle est systémique: les ressources sont limitées, et les moyens peuvent être déployés de différentes manières, à travers différents schémas tactiques.

Je reconnais aujourd’hui, avec notre petite entreprise, des similitudes militaires avec la manière d’aborder notre positionnement. Je passe une grande partie de mon temps à tenter de convaincre des acteurs plus grands, plus forts, qui ont beaucoup d’argent et de moyens. Or, comment assurer un rapport de force avantageux avec des partenaires industriels et des compétiteurs qui n’ont pas forcément les mêmes intérêts que vous? Aujourd’hui, notre positionnement stratégique n’est pas de s’engager frontalement dans la bataille. Je dois appliquer la «stratégie de David». Il a gagné contre Goliath parce qu’il a changé les règles du jeu, il a innové. Quand vous êtes David, votre force c’est d’être agile, de vous adapter rapidement à la situation et de trouver la faille…

Solutions crédibles et ressources très limitées.

L’entrepreneur que je suis laisse donc de côté la compagnie de blindés et devient ce que l’on appelle un guérillero. Je fais le maquis.

Notre armée suisse a bien changé ces dernières années. Elle n’est plus la grande muette autoritaire qui formait nos jeunes citoyens pour en faire des hommes. Fini les scénarios où «Rouge» nous attaquait avec des divisions de chars, toujours par l’Est. Elle a vu fondre ses effectifs et ses moyens, mais a su au travers de ses dernières réformes redonner un sens à son existence, notamment pour la protection de la population contre des actes de terrorisme et les catastrophes naturelles. Désormais, nos officiers doivent trouver des solutions crédibles avec des ressources très limitées. Ils doivent également collaborer avec des générations Y et Z qui demandent systématiquement «pourquoi», et qui ne se contentent plus d’obéir sans réfléchir.

Un cadre militaire s’exerce donc durant son service au management agile et à la pensée stratégique, ces concepts qui devraient être enseignés à tous les jeunes mais qui manquent pourtant cruellement aux programmes scolaires. La comptabilité, le plan d’affaires et l’ingénierie sont d’importantes connaissances qui s’apprennent volontiers de manière académique. Ce n’est par contre ni le cas du management agile, ni de la réflexion stratégique, qui nécessitent de la pratique, et que l’on apprend uniquement lorsqu’on est sur le terrain, confrontés à la réalité.

L’enseignement militaire apporte donc des compétences fondamentales pour un entrepreneur. Au-delà de la résilience et des notions de service et de loyauté, il donne la possibilité d’appliquer sur le terrain des concepts appris le jour-même.

Et si vous avez acquis ces compétences, vous gagnez. Comme David a eu l’opportunité de faire «ippon» avec Goliath.

* CEO, Abionic






 
 

AGEFI



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