Stéphane Orasianu : «c'est marche ou crève avec le Conseil fédéral»

vendredi, 01.05.2020

Stéphane Orasianu, patron du restaurant genevois «Les Tilleuls», estime que la réouverture des restaurants le 11 mai est bien trop précoce. Les mesures sanitaires imposées lui feront perdre jusqu’à 50% de son chiffre d’affaires. Témoignage.

Marine Humbert

Stéphane Orasianu, patron du restaurant genevois «Les Tilleuls», entouré de son équipe.

A partir du lundi 11 mai, les restaurants de Suisse pourront accueillir leurs clients à condition que chaque table ne compte que quatre personnes, ou des parents avec leurs enfants. Les clients devront tous être assis et les tables espacées de deux mètres ou isolées avec un élément de séparation.

A Genève, dans le quartier de Saint-Jean, le patron du restaurant Les Tilleuls s’insurge contre cette réouverture précoce. «Les commerçants ont eu beaucoup plus de temps à se préparer pour la reprise. Il aurait fallu attendre le 1er juin au plus tôt. Mais on a pas le choix, c'est marche ou crève avec le Conseil fédéral et c'est dommage».

Du changement à la carte

Dans un délai de onze jours, le directeur a du pain sur la planche:  il faut repenser une partie du concept de l’établissement, adapter la carte des mets, informer le personnel des nouvelles directives, sans compter la modification de l’agencement des tables et du reste du mobilier. «Nos places seront réduites par trois et le personnel de près de la moitié afin de respecter les fameux deux mètres de distance», souligne Stéphane Orasianu.

La réouverture n’assurera pas au restaurateur des revenus suffisants pour faire face. Le directeur estime qu’il va perdre jusqu’à 50% de son chiffre d’affaires, et ce, même avec une augmentation de la demande de livraisons. Les prestataires du service encaissant une marge de 30% sur son chiffre. A noter que l'Etat de Genève a débloqué 100'000 francs pour accélérer la mise en ligne des menus des restaurants genevois et, ainsi, accéder aux prestations de livraison de repas à domicile.

«Le 11 mai, nous aurons un manque à gagner qui aura dépassé les 300'000 francs», souligne le patron des Tilleuls. Le Conseil fédéral a mis en place des crédits transitoires pour les entreprises frappées par la crise à concurrence de 10% de leur chiffre d’affaires annuel. Des crédits plafonnés à 500’000 francs peuvent également être demandés. Ce n’est pas assez pour le restaurateur. «Le Conseil fédéral aurait dû jouer le rôle d'assurance perte de gain et payer la perte d'exploitation basée sur les trois derniers bilans. Le Conseil fédéral va récupérer la plupart des milliards investis d'ici cinq ou sept ans, alors que de notre côté, nous allons juste perdre l'argent, qui aura servi à rembourser un prêt dans le vide, pour survivre à une situation dont nous ne sommes pas responsables ».

Les loyers en suspens

Le lendemain de l’annonce du Conseil fédéral, le président de GastroSuisse, Casimir Platzer, qui s'attendait à ce que le Conseil fédéral n'autorise une réouverture que le 8 juin, a prôné le maintien absolu des possibilité de chômage partiel pour les restaurateurs et a demandé à ce que des solutions soient rapidement trouvées pour répondre à la question des loyers, car rien n’a changé du point de vue des circonstances juridiques pour le cas des baux commerciaux dans la situation actuelle. "La pression que nous subissons par rapport aux loyers est invivable", commente le patron des Tilleuls.

Redoutant la faillite de nombreux établissements, GastroVaud milite pour que les aides à destination des restaurateurs soient poursuivies et renforcées même en cas de réouverture.

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AGEFI



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