Stagnation des salaires réels en Suisse

mercredi, 14.11.2018

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

L’enquête annuelle sur les salaires réalisée par UBS suggère que les salaires nominaux augmenteront de 1% en 2019. La stagnation du niveau des salaires réels observée depuis 2017 devrait donc se poursuivre en 2018 et en 2019, car il faut s’attendre à une inflation de 1% pour l’année prochaine.

Au total, 324 entreprises de 22 secteurs d’activité, représentant plus de 85% de la population active en Suisse, ont participé à l’enquête et se sont exprimées dans le sondage d’UBS sur leur politique salariale et leur évaluation de la situation économique.
Après un recul minime des salaires réels en 2017 (-0,1%), 2018 devrait également être marquée par un recul réel de -0,2%. En 2019, les salaires réels devraient donc stagner, même si, cette année, l’évolution conjoncturelle dépassera les prévisions du début 2018 et que les perspectives sont prudemment positives.

La hausse de 1% des salaires nominaux prévue pour 2019 correspond à la moyenne des dix dernières années. Mais il en va autrement des salaires réels. De 2009 à 2016, ceux-ci ont progressé en moyenne de 1,4% par an avant de stagner à partir de 2017. Ce tournant dans la croissance des salaires réels est dû uniquement à l’inflation, car la croissance nominale des salaires a été quasiment constante ces dix dernières années.

Entre 2010 et 2016, les taux d’inflation annuels bas - voire négatifs -ont eu pour effet une nette hausse des salaires réels. Depuis 2017, le retour de l’inflation annule désormais la hausse des salaires nominaux. Même si l’économie suisse est en pleine expansion et que les perspectives sont bonnes, la conjoncture positive ne se répercute pas encore sur les salaires nationaux.

La perte de revenus dans les secteurs orientés vers l’exportation pendant la phase de surévaluation du franc a toujours un effet modérateur, les marges des entreprises ayant alors fondu.

Ce risque de perte dû aux fluctuations monétaires a été supporté pour l’essentiel par les entreprises elles-mêmes sans qu’elles baissent leurs salaires. Si les entreprises avaient répercuté leurs pertes sur leur personnel, la croissance nominale des salaires aurait été plus faible durant les années de forte surévaluation du franc et les salaires auraient peut-être même baissé.

Depuis que le franc s’est affaibli, on observe cependant une nette tendance à la hausse des bénéfices des entreprises. Si ces dernières n’augmentent les salaires que modérément malgré l’amélioration de la performance économique, c’est sans doute aussi parce qu’elles compensent encore les pertes subies pendant la période de surévaluation du franc.

C’est dans le secteur des médias que la croissance des salaires est la plus faible, comme l’an dernier déjà. En tenant compte de l’inflation, les salariés devront s’attendre à une baisse des salaires réels de -0,3% pour 2018 et de -0,5% pour 2019. Ce recul est probablement la conséquence des changements structurels dans ce secteur.

À l’autre bout du spectre, pour 2019, UBS prévoit une croissance positive des salaires réels de 0,2% dans le secteur de la chimie et de l’industrie pharmaceutique. Cette dernière s’est montrée relativement résistante à l’appréciation du franc, et c’est pourquoi elle peut aujourd’hui accorder des hausses de salaire plus importantes.

Pour l’année en cours, seule la branche des services informatiques et de télécommunication devrait enregistrer une croissance positive des salaires réels. L’enquête de cette année fait du reste apparaître un manque criant de spécialistes en informatique. Cela peut également être l’une des raisons pour lesquelles la croissance des salaires devrait être la plus forte dans ce secteur.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS






 
 

AGEFI



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